‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 140 sur 498 · M.J. DOUMENJOU ET LE PROBLEME DE L'ÉDUCATION. 1G · texte numérisé non relu

M.J. DOUMENJOU ET LE PROBLEME DE L'ÉDUCATION. 1G

exemples d'austérité rencontrés dans des régions officielles, pour rendre la jeunesse austère. Des observateurs sérieux et impartiaux sont découragés, au contraire, par divers symptômes de l'heure actuelle, et ils commencent à avoir des doutes 'sur la puissance persuasive de la vertu indépendante. Les jeunes gens eux-mêmes, dont on veut tremper l'âme dans la pure vertu affranchie des frayeurs religieuses, ne croient pas les nouvelles choses qu'on leur dit, ni ceux qui les disent1.

Nous ne savons s'il y a du pessimisme et trop de généralisation dans les lamentations de quelques moralistes contemporains, qui s'alarment du triste état de quelques victimes des systèmes récents d'éducation, parce que ces jeunes gens ne croient plus à rien. Toutefois, M. Doumenjou n'est-il pas dans le vrai quand il montre, dans quelques-uns de nos malheureux jeunes gens, les conséquences nécessaires des causes posées4 ou engendrées par quelquesunes de nos institutions? Suivez la physiologie des excentricités déplorables et tragiques, dont les feuilles publiques nous ont entretenus, dans ces derniers temps (1884-1885), sur le compte de quelques jeunes hommes, presque au sortir du collège, « le cœur vidé, la mémoire chargée de justifications pour tous les instincts de la bête, instruments maniables au gré des choses, qui feront des magistrats, — et quels magistrats ! — des fonctionnaires, — et quels fonctionnaires ! — d'ailleurs corrects et tranquilles et même propres par dégoût de la misère, » on verra que ces païens, de plus en plus nombreux, ont la logique de leur paganisme et que M. Doumenjou peut les appeler des anciens (ou païen?)2.

1. Voir des observations justes de G. Bois dans Y Univers d'avril 1885.

2. Faut-il mentionner un ancien d'aujourd'hui — âgé de vingt ans — un logicien, un homme [qu'on peut dire [d'avant Jésus-Christ, ce jeune

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De récents et trop éloquents exemples prouvent pour la centième fois, dans le Midi comme dans le Nord, que l'intelligence des hommes, leur rang social, leur éducation ne suppléent point à ce qui est nécessaire avant tout, la morale, que l'école moderne n'indique guère le moyen d'acquérir; exemples qui nous font passer de M. Doumenjou à l'abbé Lafont de Sentenac, ce dernier ayant cherché une philosophie apocalyptique dans les tristesses humaines, dans les cataclysmes sociaux, dans les oscillations mystérieuses du long drame de l'histoire générale. Toutefois, n'omettons pas d'ajouter que si M. J. Doumenjou a produit assez de travaux pour donner la mesure de son talent mûri et pondéré, de son imagination poétique, le pays attend de lui d'autres écrits encore. Un tel littérateur, un observateur aussi sagace doit contribuer à l'agrandisse-

homme qui s'esi empoisonné sans remords observant sur lui-même et décrivant les effets du poison dissous dans un verre de vin, sur une table de café, au milieu du tumulte de Paris? [Quels motifs notre philosophie séparée des idées religieuses pourrait-elle alléguer à un jeune] homme convaincu? comment l'obi igerait-elle à respecter sa vie s'il en est las? Ce jeune homme n'était-il pas aussi faible et aussi lâche que plusieurs anciens dont il imitait Y héroïsme vanté? N'était-il pas convaincu comme eux et par les mêmes raisons? C'était un des brillants disciples du paganisme officiel. On a regretté le bel avenir qu'il avait dédaigné; cependant les maîtres qui l'avaient formé n'ont pu le blâmer sans inconséquence. (G. Bois, ibidem.) — Un ancien aussi, ce jeune avocat, très logique aussi, qu'on condamnait à la prison pour avoir voulu tuer un homme qui lui avait disputé avec succès la main d'une jeune fdle! Si l'on ne peut, — au nom d'aucun principe supérieur, — obliger un jeune homme à respecter sa vie, il n'aura pas plus de raison de respecter la vie d'autrui, s'il y trouve une hostilité ou un obstacle. Que répondre, si M. Doumenjou demande pourquoi notre jeune ancien ferait le sacrifice de lui-même à autrui, dans la lutte pour la conservation de l'existence ou pour la conservation de l'espèce, le plus puissant et le plus légitime des mobiles selon la science et la morale laïque? L'époux accepté était un soldat. Comme l'avocat ignorait l'usage des armes, il s'y exerça pendant plusieurs mois, et vint ensuite offrir à son rival un duel à mort. — Également conséquent avec lui-même, également païen, cet autre élève de l'Université nouvelle, à qui une jeune fille a tiré un coup de revolver; cas, a-t-on dit, tellement commun qu'il ne demande pas de développements. (G. Bois, ihid.)

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ment des connaissances générales, et surveiller les théories et les méthodes qui, loin de servir le progrès de la science, ne feraient que détériorer l'intelligence nationale. M. Doumenjou a déjà donné bien des gages aux belles idées, aux nobles soucis. Il ne faut point qu'il se retire encore. Nous avons tant besoin qu'on nous aide à développer, dans la pratique de la vie, ces sentiments divins que les grands penseurs s'accordent à trouver trop en proie aux choses terrestres !

XX. — L'Ariège devait avoir son travailleur d'exégèse biblique; elle l'a dans M. l'abbé Lafont de Sentenac {. Réfugié dans le pays de ses pères, près de laBastide-de-Sérou, cet Ariégeois a passé vingt ans à expliquer un écrit qui fit grand bruit dès le premier siècle de l'ère chrétienne, quand Néron descendait à peine dans la tombe. Lorsque M. Lafont de Sentenac s'est décidé, en J 872, à publier un travail sur Y Apocalypse de saint Jean2, nous ne saurions dire si les tableaux de la France moderne, tracés d'une manière si sombre par des plumes françaises3, avaient été un stimulant pour le docte ecclésiastique de la Bastide. Serait-ce plutôt le voisinage d'un prêtre et moine espagnol, saint

1. Né en 1809. — En 1876 s'éteignait M. Lafont de Sentenac, maire de Sentenac-de-Sérou, à l'âge de 63 ans, à son domaine d'Estaniels. On a fait le plus grand éloge de cet esprit droit, de cet homme charitable et bienfaisant. Il était, nous supposons, le frère de l'abbé de Sentenac.

2. Le Plan de i Apocalypse, et la signification des prophéties qu'elle confient, pour avertir les hommes des événements qui, de nos jours à la fin des temps, doivent mtéresser l'Église et le monde; Paris, 1vol. in-l° il»1 407 pages, avec un grand tableau synoptique du plan; chez Adrien L.clerc, 1872.

3. On a dit que notre vice principal est d'étaler nos vices, et que les autres peuples cachent les leurs. Nous cornons volontiers aux oreilles de l'étranger que ce pays-ci est définitivement pourri. Il est certain que, déviations, bizarreries, folies morbides pullulent chez nous ; mais n'avonsnous pas des qualités?

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Béat, qui vivait dans les montagnes des Asturies vers la fin du huitième siècle, auteur d'un commentaire sur l'Apocalypse, et vis-à-vis duquel notre exégète ne voulait point demeurer en arrière? — Nous ne le savons pas davantage .

Fidèle à sa solitude pyrénéenne, condamné à une certaine captivité par une santé assez chancelante ', le moderne interprète des écrits bibliques a recueilli ses forces dans sa nouvelle île de Pathmos, ou plutôt dans une oasis formée par les ondulations des montagnes. Rien de plus aisé pour lui que de retrouver, dansi'Ariège, des cellules formées par les excavations naturelles des montagnes, et d'y méditer en silence la célèbre vision du saint apôtre, son fameux manifeste symbolique adressé aux chrétiens d'Asie, et qui contenait une révélation de Jésus lui-même.

Si la personne de Néron et l'Apocalypse ont, de siècle en siècle, sollicité les historiens et les critiques, si, entre ces deux énigmes, l'empereur romain et le livre de Pathmos, un Ariégeois,M. Latour de Saint-Ybars, a porté ses préférences vers l'empereur pour sonder cette ténébreuse individualité, un autre Ariégeois, M. l'abbé de Sentenac, était réservé à l'étude du livre. Il devait se concentrer sur un monument écrit « si longtemps considéré comme l'idéal de l'indéchiffrable2, » et dont l'authenticité et la signification n'ont cessé d'exercer, même dans notre siècle, la saga-

1. Ordonné prêtre en 1833, L'abbé Lafont de Sentenac fut nommé immédiatement vicaire delaBastide-de-Sérou,son pays natal. Mais le mauvais état de sa santé l'obligea de donner sa démission deux ans après, et il se retira auprès- de sa famille, dans le domaine de ses pères, à Sentenac-de-Sérou, où, jusqu'à présent, il a mené une vie d'anachorète, semée de bienfaits de toute sorte.

Cependant , cette intelligence d'élite ne pouvait se condamner à un repos absolu. L'abbé Lafont se créa de bonne heure une occupation digne •le lui : il se mit à étudier les livres saints.

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