Revue des Deux-Mondes de 1873, p
3. Le travail que M. Sentenac s'est imposé n'est point un travail d'érudition sur les différents manuscrits de l'Apocalypse; ni sur les diverses éditions latines et françaises de l'Apocalypse, que possèdent les bibliothèques de l'Europe ; ni sur les miniatures du moyen âge relatives à l'Apocalypse ; ni sur la décoration des manuscrits. A ce titre, des hommes spéciaux, Léopold Dolisle, Paulin Paris, Paul Meyer, Samuel Berger, Reuss, le marquis d'Astorga, ont laissé des œuvres qui suffisent.
Ajoutons que M. Lafont de Sentenac ne s'est nullement arrêté à répondre à Dupuis, qui, dans un ouvrage plus qu'oublié, L'origine des cultes, publié en 1795, écrivait que l'Apocalypse avait résisté à la sagacité de Bossuet et de Newton; que ce livre trouvait son explication dans les initiations aux mystères phrygiens de l'agneau; que l'Apocalypse était prise de la théologie des Mithriaques. — On sait aujourd'hui ce que vaut cette érudition de Dupuis.
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d'élucider absolument les parties intégrantes du livre mystérieux. M. Lafont de Sentenac n'a pas prétendu opérer un de ces miracles qui sont refusés au génie ; il n'annonce pas le dessein de transformer en évidences et en intuitions la totalité des passages que renferme l'Apocalypse. Toutefois, sans promettre l'impossible, l'écrivain ariégeois n'avait-il pas une marge assez ample ? Ne pouvaitil point essayer de coordonner ce que saint Jean a voulu révéler de la merveilleuse épopée de l'Église? Ne devait-il point arriver aune exposition plus lumineuse en concentrant pendant sa vie entière toute son attention, toute sa puissance réflexe sur les visions des sept chandeliers a"or, au milieu desquels paraît quelqu'un, semblable au Fils de l'homme, portant dans sa main droite sept étoiles, emblème des guides de la société chrétienne?
11 semblerait, dans les temps modernes, que les Allemands et les Anglais se soient réservé le monopole de l'érudition et de l'interprétation des livres sacrés ; il est bon qu'un Ariégeois ait voulu prendre une place parmi ceux qui ont traité de ce grand fragment de notre littérature sacrée relatif aux choses finales '. Il n'y a pas seulement à décider si la première partie de l'Apocalypse, jusqu'au onzième chapitre, s'occupe exclusivement des destinées du judaïsme ; si, à partir du douzième, il est exclusivement question du paganisme et de sa ruine imminente. Bien d'autres questions se dressent, au sujet de l'Eglise catholique, du protestantisme, de la bête de l'Apocalypse, de l'Antéchrist, de la Babylone ou de Rome, de la rénovation des sociétés chrétiennes et des destructions
1. Le travail de l'abbé de Sentenac diffère totalement par le procédé et par les horizons, de l'étude de M, l'abbé Bacuès de Saint-Sulpice, insérée dans la troisième série des Questions controversées de. la Société bibliographique.