DIFFICULTÉS DU SUJET
finales. L'on doit féliciter M. de Sentenac d'avoir compris que l'étude de l'Apocalypse était de nature, à cause même de ses difficultés multiples, à stimuler son ardeur de travail. Il a dû voir si les faits particuliers qui y sont prédits ne conduisent pas à des idées générales, à des vérités éternellement salutaires et toujours réalisables ; il a dû se demander si, comme l'ont fait les pères grecs, il fallait tenir peu de compte de l'élément prophétique du livre, pour se borner à la seule perspective du triomphe définitif de l'Evangile sur toutes les entraves que lui oppose un monde hostile.
Dans les derniers siècles, on s'est: jeté avec ardeur sur l'Apocalypse, — nous parlons de ceux qui partagent les croyances chrétiennes, catholiques et protestants, — si bien qu'on a pu dire que les exégètes de l'Apocalypse pullulaient. Mais sont-ils nombreux aujourd'hui en France ceux qui, ne craignant point le labeur, cherchent à ravir à l'Apocalypse ses secrets? En compte-t-on autant qu'en Angleterre, autant qu'en Allemagne et en Suisse llci on borne l'interprétation historique, aux premiers chapitres, et l'on veut voir dans les sept églises d'Asie sept périodes successives de l'histoire ecclésiastique, de manière que tout le reste du livre se rapporterait à l'avenir. Là on s'évertue à retrouver dans ce livre l'histoire à peu près contemporaine de l'auteur, c'est-à-dire celle de la guerre des Juifs contre les Romains. Ailleurs, et dans les temps les plus récents, on a tenté de substituer à l'histoire politique de l'Église l'histoire religieuse du royaume de Dieu. En présence de cette activité étrangère, M. Lafont de Sentenac pensa qu'il ne pouvait rester ni dans la neutralité ni dans l'inaction. Yoilà pourquoi, à son tour, après les La Chétardie, les Holzhauser, un apocalypticien du comté de Foix est entré dans la lice, pour essayer de retrouver l'accomplissement de la prophétie dans l'histoire des temps passés, comme dans celle des
174 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. II.
temps présents et des temps à venir. Grande entreprise que celle de surprendre dans l'Apocalypse le récit anticipé de l'histoire de l'Église chrétienne ! Entreprise ardue que celle de « combiner chaque scène du livre avec un événement particulier et plus ou moins important dans les destinées de cette Eglise ! » Le texte apocalyptique n'est-il pas enveloppé d'obscurités presque impénétrables? M. Lafont de Sentenac avait à éviter l'écueil d'une théologie purement conjecturaleetdivinatoire.il fallait craindre ensuite de contribuer à pousser les masses du côté de cet amour des prédictions et des révélations d'avenir vers lequel les foules crédules penchent assez.
Qu'importent l'ancienne et la nouvelle attitude des exégètes protestants, les uns s'acharnant à ne voir, dans l'Apocalypse, que des objurgations véhémentes contre la papauté personnifiée dans Babylone, les autres (les modernes) s'opposant à ce qu'on cherche dans ce livre la prédiction des destinées de l'humanité, et traitant les travaux des exégètes catholiques de courses à l'aventure après le mirage de leurs propres rêveries? M. Lafont de Sentenac a dû déployer une patience incommensurable pendant des années, pour éviter de plier l'Apocalypse aux caprices d'une exégèse rêveuse, pour ne pas sacrifier à des systèmes préconçus, pour tirer enfin de l'Apocalypse des données historiques.
Reprenons son Plan de V Apocalypse et la signification des prophéties qu elle contient , afin d'en résumer les tendances et le procédé.
XXII. — L'on peut affirmer que l'ouvrage de M. Lafont de Sentenac est une tentative assez heureuse pour mettre plus à la portée de toutes les intelligences les visions mystérieuses de notre grand apôtre Jean, « sombre