‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 146 sur 498 · PRÉDICTIONS ET CIRCONSPECTION · texte numérisé non relu

PRÉDICTIONS ET CIRCONSPECTION

dernes, le navire qui porte les destinées des sociétés n'est-il point battu par de nouveaux orages? L'époque de saint Jean eut ses tempêtes ; notre âge a les siennes. N'y a-t-il aucun point noir à notre horizon? n'y a-t-il pas « des pestes morales qui menacent la vie du genre humain » ? comme parlait M. de Lamennais. Combien d'âmes qui sont dans l'angoisse de ce qui arrivera ! Or, l'étude de M. Lafont de Sentenac vient susciter dans le lecteur l'habitude de voir en toutes choses F accomplissement du dessein providentiel. Ce doit être le résultat d'une sage pénétration des mystères de l'avenir révélés dans l'Apocalypse. Il est très opportun qu'on nous dévoile les lois divines de la Providence dans la marche générale des peuples, et qu'avec l'action divine souveraine dans l'histoire, on nous dise si le dernier mot des choses est dans leur succès et si nous sommes isolés en ce monde r.

XXIII. — On dira que les perspectives auxquelles s'est laissé entraîner l'imagination ardente de l'exégète ariégeois sont bien hypothétiques; qu'en matière de prédictions, on trouve dans le livre de saint Jean toutes les prophéties qu'on désire y trouver, et enfin que, si le parallélisme établi par M. de Sentenac entre les textes sacrés et les événements de l'histoire forme une synthèse digne d'attention,

1. Il est bien sûr que M. de Sentenac n'adopte nullement la théorie nuageuse « du grand artiste inconscient dont parle M. Renan, et qui semble présider aux caprices apparents de l'histoire. » Que voudrait-on avec cette conception d'une force suprême, intérieure aux choses, qui, sans savoir ce qu'elle fait, nous donnerait à chaque heure de la durée les spectacles les plus étonnants et les plus imprévus? Croirait-on avec une hypothèse impossible, nous expliquer les horreurs, les monstruosités qui figurent dans le drame universel? Non, nous ne comprendrions nullement, et, d'autre part, ne serait-ce pas étouffer la logique du sens commun, et pétrifier les lois de l'intelligence et de la moralité? Comment applique)1, alors, la note d'infamie aux choses qui le méritent?

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ce parallélisme pourtant n'est pas toujours, comme le remarque un docte prélat1, « aussi certain qu'il est ingénieux. » Tout cela est incontestable, mais l'exégète ariégeois est resté relativement circonspect dans sa hardiesse ; il n'a voulu faire autre chose « qu'une œuvre purement exégétique, sans chercher à établir la raison historique des événements dont il découvrait l'annonce2 ». Il se borne à procéder par analogie. « J'ai trouvé, dit-il, dans l'Apocalypse l'histoire du passé, de la société nouvelle et des nouvelles civilisations créées par l'Église, l'introduction du catholicisme dans le monde, les persécutions contre la primitive Église, la chute de l'empire romain, l'islamisme et ses irruptions sur l'Europe chrétienne, la défection de Luther et les attaques du protestantisme. L'histoire ayant contrôlé et vérifié l'exactitude sur le rapport entre le signe et les choses signifiées dans le livre du prophète de Pathmos, pourquoi ne pas soupçonner la continuité de ce rapport entre les réalités présentes ou futures d'une part, et d'autre part les révélations des destinées et des intérêts des sociétés nées de l'Évangile, que l'Apocalypse semble contenir ? » Dans ces termes, l'écrivain de la Bastide ne sort pas des limites d'une sage logique. Selon M. Lafont de Sentenac, le caractère de notre époque moderne, — nous vivons à la lin du cinquième âge de l'Église, à l'aurore du sixième âge, — est. indiqué aux versets 17 et 1 8 du chapitre xu, et 10 et 11 du chapitre xvi. Les versets 17 et 18 du chapitre xn annoncent en effet que le prince du mal, Satan, voyant le paganisme et l'arianisme abattus, les assauts des révolutionnaires religieux et politiques repoussés ou neutralisés une première fois, va recommencer ses coups contre l'an-

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