A QUOI CONCLUT M. DE SENTENAC
tique base des sociétés ou l'Église, eu suscitant contre elle la révolte de ses propres enfants. N'y a-t-il point encore ici identité entre les données de l'Apocalypse et Ja réalité contemporaine? Aussi M. de Sentenac pense pouvoir aller de la certitude de ce qui est à la certitude de ce qui sera. 11 conclut à la patience et à la persévérance au milieu des décadences passives dans l'Église au dix-neuvième siècle.
De là les approbations qui sont venues à Fexégète ariégeois. «M. Lafont de Sentenac nous paraît, dit un critique, avoir fait faire un pas décisif à l'art d'interpréter l'Apocalypse1. » « Quoi qu'il en soit des secrets insondables qui sont encore à être révélés, ajoute un éminent interlocuteur, nous sommes heureux du faible jour que nous communique l'ouvrage de M. Lafont de Sentenac, pour soutenir notre foi et ranimer notre confiance dans la puissance et la miséricorde de l'Agneau immolé2. »
Il est vrai que la vision de l'Apocalypse roule principalement sur les divers âges que l'Église chrétienne devait fournir à travers les siècles ; et, comme il n'y a rien de grand et d'important, dit M. de Sentenac, autant que l'histoire de l'Église catholique, qui embrasse toutes choses, on s'est livré à un calcul approximatif de la durée totale des âges que comporte le drame de l'Église sur la terre, et on est arrivé ainsi à se rencontrer avec une tradition qui restreint considérablement la limite des choses et la durée de tout ce qui est militant3.
Mais remarquons que cette signification brutale faite au globe terrestre d'avoir à recevoir son congé d'ici à peu de
1. Paul ïroy, Réflexion sur le « Plan de ï Apocalypse », p. 16.
2. Lettre du cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, 14 octobre 1872.
3. Le Vlan de V Apocalypse, p. 316, 317. Il va sans dire qu'on n'impose pas toutes les interprétations de M. l'abbé Lafont de Sentenac. In dubiis libertûs.
18(1 L'ARIÈGK, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. II.
temps, n'a rien qui stupéfie et révolte certaines âmes, tant s'en faut. On a quelquefois besoin, pour se consoler de l'absurdité des choses humaines, d'en appeler à leur dénouement, dans l'espérance que la clôture des choses remettra de la logique là où n'apparaissent que l'anarchie, l'iniquité et la fourberie. Ainsi, les grandes scènes de la fin du monde, loin d'être sinistres pour quelques intelligences, revêtent un caractère réparateur et vengeur. On aspire à cet « avènement futur de l'absolu ».
XXIV. — Quoi qu'il en soit, il ne nous déplaît pas qu'une étude sur l'une des grandes œuvres du prophète de Pathmos ait été préméditée et exécutée dans les montagnes ariégeoises. S'il est vrai qu'au point de vue des naturalistes, « l'image des monstruosités de Néron ait obsédé saint Jean comme une idée fixe, au point que le sang l'étouffât et injectât ses yeux1, » c'est dans le calme et la sérénité intellectuelle et en face d'un paysage reposant, que notre commentateur des prophéties bibliques a composé sa savante et ingénieuse interprétation. Un poète pourrait trouver, dans les alentours dèlaBastide-de-Sérou, sujet et matière à des tableaux, à des descriptions de premier ordre. Celui que l'on ne flatte pas en l'appelant « le ténébreux visionnaire », écrivit ses révélations en face de ces belles îles de l'archipel, à la mer d'azur, à l'air limpide, au ciel serein, aux rochers dentelés, à peine revêtus par moment d'un léger duvet de verdure ; mais les vallons qui déroulent leurs creux et leurs sommets entre Saint-Girons et Foix, n'ont-ils pas une beauté qui est loin d'être banale , et que nous dirons largement inspiratrice?