‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 149 sur 498 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Suite de la section des moralistes. — Paris et la province clans leurs rapports avec ceux qui tentent des excursions dans les sciences morales et politiques, dans l'art et la renommée. — Joseph Pilhes, de Tarascon. — Sa comédie le Bienfait anonyme. — Analyse critique et moralité de cette pièce de théâtre. — Melchior Soulié, de Mirepoix, publie en cinq actes et en prose une comédie intitulée VOfficier français à Milan. — Frédéric Soulié. — Un roman publié en 1822, dans lequel le chevalier de Roussillou signalait l'état des mœurs des Andorrans. — M. Toussaint Nigoul, publiciste, historien, romancier et conférencier. - Sa plume chaleureuse. — Ce qu'il y a d'esprit philosophique dans son étude sur Lakanal. — Son premier roman paru en 1875. — Isabelle Ducos. — Compte rendu et critique de ce roman. — Monsieur Slmonet, autre œuvre de M. T. Nigoul, petite nouvelle remplie de charme. — Mademoiselle de Ginal, par M.Victorin Vidal. — Roman apprécié par les lecteurs du journal VAmi du peuple, mais qui n'a point encore été publié en volume. — Le Cahier de Geneviève, par M. A. Artaut, ancien sous-préfet de Saint-Girons et de Lhnoux. — Ce qui distingue ce roman. — Qualités littéraires du romancier de Castillon. — Le Cahier de Geneviève et la Revue des Deux-Mondes. — Fortune de ce roman. — Son auteur est un tempérament. — Types présentés par M. Artaut. — Sa loyauté artistique. — Ceux qui s'occupent d'esthétique ; les critiques d'art littéraire. — M. Raoul Lafagette. — Une étude sur Alphonse Daudet.— La publication de Pics et Vallées. — Ce nouveau poème de M. Raoul Lafagette et la question de renommée départementale. — Nos conférenciers. — M. T. Saint-Félix. — Une infatigable activité d'esprit jointe à une initiative progressive, fait de M. Saint-Félix un conférencier vigoureux. — Ses poésies et °ses romans. — Le Troc de Modigliana. — Conférences sur la navigation aérienne. — Sa compétence comme aéronaute. — Ses différents voyages dans les ballons à feu et dans les ballons à gaz. — Conférences d'intimité. — Société amicale des Ariégeois. — Le Grillon politique. — Description de frais paysages aux environs de Mazères. — L'art dans le dessin et l'illustration. — Mademoiselle Rose Maury. — Premiers succès de ce talent. — Charmants recueils illustrés par mademoiselle Rose Maury. — Le Courrier de Tarn-et-Garonne .

I. — Continuons de suivre ceux qui ont fait valoir l'Ariège dans le domaine des fouilles directes de l'esprit.

184 L'ARIEGE, IVe PARTIE {mile et fin), CHAP. III.

Nous ne méconnaîtrons pas dans quelle condition d'infériorité se trouve le provincial lettré, quand il s'agit de percer dans le roman et le théâtre. Vivre et travailler en province est quelque chose de très ingrat pour un travailleur de l'esprit; situation bizarre, mais réelle et tyrannique, contre laquelle nous nous sommes souvent élevé, car nous avons dit que la centralisation, au point de vue du développement des forces et de la notoriété intellectuelle, semblerait ne devoir pas exister. Puisqu'on ne devient pas tout d'un coup un romancier connu ou un dramaturge exercé, il incombe à l'écrivain, à l'artiste, au peintre, au musicien de se résigner à des tâtonnements, et de s'exercer dans une sorte d'apprentissage avec le public qui fait les réputations, avec « le public et la presse, ces procureurs généraux de l'opinion. » Or, dans nos mœurs, ces procureurs généraux siègent à Paris , et veulent qu'on opère sous leurs yeux. C'est ce qui ressort, pour l'historien des Ariégeois, de trente années d'observation sur le mouvement des illustrations françaises. J'ai vu grandir (et la plupart atteindre l'apogée) Ch. Gounod, le peintre militaire Alexandre Protais, Mgr de Bonnechose, Jules Simon, l'abbé Bautain, Bizet et Guiraud, du Conservatoire, le peintre Wencker, Robert de Bonnières , l'auteur des Monach, Louis Yeuillot, le P. Gratry, le sculpteur Fuller, si connu à Florence, Mgr Lamazou, le sympathique évéque de Limoges ', et je me demande ce qui serait advenu de ces hommes, qui ont conquis des renommées bien diverses, mais très hautes, si leur labeur avait eu la province pour perpétuel théâtre, s'ils avaient vécu dans nos montagnes, par exemple. Je me demande comment ils auraient secoué

1. Je prononce cesnoms, parce que j.'ai vu laplupartde ces personnages dans l'intimité, il y a déjà plus de trente ans. J'assistais au dîner de mariage de Louis Yeuillot, en 1845 ou 1846.

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