‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 150 sur 498 · DIFFICULTES DE LA PROVINCE · texte numérisé non relu

DIFFICULTES DE LA PROVINCE

cette lenteur qui garrotte hommes et choses, ce lourd couvercle d'inconnu qui pèse comme un plomb et arrête indéfiniment l'essor des plus légitimes réputations. Allez donc dire au romancier, à l'auteur dramatique, au penseur qui aime les études sociales, au conférencier qui a l'art de communiquer sa flamme aux autres, au philosophe porté vers les études esthétiques, allez leur dire de s'éterniser dans l'Ariège, de se tenir bien clos dans ses profondes vallées, on verra ensuite, après vingt ou trente ans, si ces travailleurs d'analyse psychologique seront montés, par leur talent, rapidement ou lentement dans l'échelle de la renommée. Ils auront fait comme tous les auteurs, interrogé le passé, consulté le présent, regardé autour d'eux, pris dans l'humanité une anecdote, un incident, un procès, une aventure, pour y tailler un drame, un roman, une comédie. N'importe ! îl faut un siècle pour qu'un talent mûrisse en province, lorsqu'un cycle de dix à vingt années en fait tant éclore à Paris !

Dans ces conditions si dures d'infériorité que nous ne discutons pas, nous bornant à les constater, disons cependant ce qu'il en est pour les Àriégeois. En voyant ce qui est, on conjecture ce qui aurait pu être avec des situations meilleures. 11 sera facile de déduire quel appoint considérable les Àriégeois, toutes choses égales d'ailleurs, eussent pu apporter au drame ou au roman, avec leur imagination, leur genre philosophique et leur verve. Nous entreverrons comment ils auraient rempli la fonction de moraliste et fait œuvre d'éducation civique. Nous remonterons, du reste, à des auteurs antérieurs à Latour de Saint-Ybars, qui occupa avec distinction la scène française de 1845 à 1870; car, pour ce dernier, nous pensons avoir suffisamment dessiné cette physionomie de poète et de moraliste, dont voici le noble programme , comme au-

L86 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [mite et fin), CHAP. III.

teur dramatique ! : « Je ne dis pas qu'on doive ennuyer son public et lui parler au spectacle comme au prêche. Le théâtre a pour mission, au contraire, de passionner et de charmer la foule. Tout ce que je prétends ici, c'est qu'il est dans l'art dramatique de hautes positions, qui font à ceux qui les occupent le devoir de reproduire sur la scène les grandes pensées et les nobles sentiments, de manière à captiver le spectateur. »

II. — Joseph Pilhes, de Tarascon, composa une comédie en trois actes , en prose , intitulée le Bienfait anonyme, qui fut représentée à Paris, par les comédiens français ordinaires du roi, le 21 août 1784; et devant la cour, à Versailles, le 23 novembre suivant2.

Dirons-nous que Joseph Pilhes soit une individualité fort saillante, qu'il tienne un rang élevé dans cette pléiade éminente et jalouse, où l'on compte Nicole, Pascal, La Rochefoucauld? Ce serait une exagération peu sensée; toutefois, pour un poète qui voulut user de la comédie, on conviendra que le sujet choisi par lui pourrait indubitablement, s'il était traité avec un talent supérieur, servir beaucoup à élever l'idéal de la grandeur morale ; car le moraliste de Tarascon se proposa de pénétrer ses spectateurs et ses lecteurs en faisant revivre un trait de bienfaisance d'une morale saine, un épisode qu'il empruntait à l'histoire, et bien capable de réveiller les nobles sentiments de la nature 3.

1. Nous avons rappelé ailleurs et étudié Vàllia, Virginie, le Vieux de la Montagne, le Syrien, le Tribun de Païenne, etc., etc., toutes pièces qui ont eu les honneurs aux théâtres de Paris, cl qui mirent en lumière M. Latour de Saint-Ybars, de 1840 à 1870. Voyez le tome des Poètes de VAriège.

2. Cette comédie, imprimée en 1785 (Paris, chez Caillau, rue Galande), forme une hrochure in-8 de 60 pages.

3. On imprima, eu 1795, un petit opuscule intitulé ÈpUres qui ont

Page 1