‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 151 sur 498 · JOSEPH PILHES, DE TARASCON · texte numérisé non relu

JOSEPH PILHES, DE TARASCON

Tout le monde connaît l'histoire qui fait l'objet de cette comédie. Le célèbre Montesquieu, l'auteur cle YEspril des lois, se promenant en barque dans le port de Marseille, cause avec le batelier, dont la physionomie l'a intéressé. 11 apprend de lui qu'il se livre les dimanches et fêtes à ce rude métier, en dehors de son travail de bureau (ou de magasin, il était joaillier, paraît-il), afin de racheter et de délivrer son père, emmené en esclavage par des corsaires, à Têtu an, dans le Maroc. Montesquieu le rétribue d'abord largement ; puis, ayant pris des informations sur ce jeune homme et sur sa famille, il brise, sans qu'on le sache, les liens du captif, et sans se faire connaître, le rend aux siens en payant sa rançon. Le père, délivré de l'esclavage, rentre dans sa famille, et, d'après l'accueil qu'on lui fait, ne sait à qui il doit sa liberté.

Cette histoire, mise en comédie, resterait peut-être inacceptable pour le théâtre, si elle n'était relevée par des détails accidentés, il est vrai, mais qui cependant forment le vrai nœud, l'intrigue de la pièce. Accordons que, pour le théâtre moderne, il y ait dans ces données peu d'éléments qui puissent attacher notre public blasé, assurément le Bienfait anonyme, qui eut du succès à la fin du siècle dernier, ne se jouerait pas aujourd'hui quatre jours par semaine comme Ruy-Blas, avec des recettes qui dépasseraient le maximum. Après Fourchambault, Hernani, le Demi-Monde ou F Étrangère, qui goûterait le Bienfait anonyme^. Mais là n'est pas la question pour le moment. Ce que nous demandons à l'histoire, c'est une preuve convaincante

remporté le prix à V Académie des Jeux floraux, par M. Pilhes, de Tarascon, en Foix, avocat en Parlement, citoyen de Bordeaux (épîtres erotiques). Ce recueil ne comprend que deux épîtres : l'une à Zulir, l'autre à Zémis. C'est le thème éternel des épîtres erotiques. Notre poète y dit :

On ne vit pas, quand on n'a pas un cœur.

188 L'ARIÊGE, IV1' PARTIE (suite et fin), CHAP. III.

que l'Ariège, au besoin, enfanterait- des hommes utiles à l'art dramatique.

Il est vrai qu'en dehors du point de vue moral, qui est excellent, cette forme littéraire ne permet de s'adresser au public qu'à la condition que la pièce offre de l'intérêt. Pilhes La Beaumelle sut-il en mettre ? N'a-t-on point tout de suite deviné ce qui doit arriver? Lorsque le nœud sera délié à la fin, y aura-t-il moyen que le lecteur ou le spectateur soit étonné? Oui, certes, ce sont tout autant de questions qui s'imposent ; maison n'oubliera pas, avant de les trancher, ce que le poète de Tarascon inventa d'efforts pour donner du piquant à une pièce trop simple, pour compliquer un sujet trop ouvert. Voici les noms des personnages qui figurent dans la comédie : M. de Saint-Estieu (Montesquieu) ; madame d'Hercourt, sœur de M. de Saint-Estieu; Robert père, le captif; Robert fils; madame Robert; Sophie, fille de M. Belmon, promise à Robert; M. Belmon, négociant, ami de Robert père; M. Hamberg, négociant, patron de Robert fils; Leuzon, fils de M. Hamberg ; Justin, domestique de madame d'Hercourt.

Robert fils fait part à Sophie de sa tristesse au sujet de l'esclavage de son père, et lui raconte ce qui lui est arrivé quelques jours auparavant avec un riche étranger. Il craint que son père (à elle) ne consente plus à leur mariage depuis la ruine de sa famille; les prévenances du fils de son patron, Leuzon, lui portent surtout ombrage.

On voit, dès à présent, à quel artifice littéraire a su recourir le moraliste, pour s'emparer de l'anecdote de Montesquieu, et la transformer en comédie ; il a créé une situation qui fait pivoter l'action autour d'un mariage entre Robert et Sophie. C'est ainsi qu'il a pensé pouvoir faire servir l'art dramatique , à montrer aux hommes des exemples qui puissent les rendre vertueux.

Page 1