FREDERIC SOULIE
il sert de support a plus de facilités et, par conséquent, moins de mérite à être grand : il est soutenu par les mille yeux qui sont fixés sur lui, il est plus petit que celui qui lutte dans l'ombre. A ce point de vue donc, on peut dire que ceux qui sont les plus grands par l'effort moral ne seront jamais connus de l'histoire. Mais il appartient à ceux qui ont l'œil exercé de les distinguer dans les divers milieux où le hasard les a jetés, de rassembler leurs traits et de nous en composer des types '. »
V. — Puisque des auteurs dramatiques nous passons aux romanciers , c'eût été la place d'analyser ici le célèbre Frédéric Soulié. Diverses raisons l'ont fait classer au tome des Poètes de VAriège. Cette individualité si riche renfermait effectivement un poète, et un des plus puissants. D'ailleurs, notre embarras eût été grand pour accorder le titre de moraliste à Soulié, en regard de ses œuvres si échevelées. Jamais sans doute, à part Alexandre Dumas père, le roman et le feuilleton n'avaient compté un aussi fécond et aussi brillant fournisseur que l'auteur des Deux cadavres, du Vicomte de Béziers, du Magnétiseur, du Comte de Toulouse, des Mémoires du diable, etc. L'auteur ariégeois faisait des romans et des livres comme Balzac faisait des nouvelles, et des nouvelles et des feuilletons comme Scribe faisait des vaudevilles, c'est-à-dire par centaines et avec une verve intarissable2.
Nous n'avons point à rendre justice ici au beau talent de cet illustre enfant des montagnes : nous l'avons déjà fait au tome des Poètes. Nous nous sommes fait l'écho des bruits élogieux qui accueillirent le Vicomte de Bèziers et le
1. Alfred Marchand, étude sur les Types et Travers de Léon-Bernard Derosne.