Notice critique, publiée du vivant de F. Soulié
196 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et /in), CHAP. III.
Comte de Toulouse, et placèrent l'auteur parmi nos meilleurs romanciers et parmi les historiens pittoresques !. On ne tarissait pas, pour les Mémoires du diable, sur se^ pages pétillantes de verve et de moquerie, d'imagination vive « et de folles étincelles ». On admirait l'impétueuse facilité du romancier, donnant dans huit mois huit volumes dévorés par le public; on ne parlait que « des perles fines de l'esprit et du style » de ces Mémoires, et de cette fantastique rapidité de rédaction, à laquelle « le diable seul pouvait tenir2 ».
Cet enthousiasme d'il y a plus de quarante ans, nous l'avons redit, et c'est un point incontestable de l'histoire littéraire, que l'Ariège a produit, en l'auteur de Roméo et Juliette, un des plus étonnants romanciers du dix-neuvième siècle3. Là s'arrête notre tâche envers « l'habile secrétaire de monseigneur Méphistophélès ». Pour lui donner, dans ce volume, un nouvel espace, il eût fallu que, dans sa manière, Soulié s'approchât davantage de ce romancier qu'un spirituel critique nommait ['Aristide de
1. Soulié avait eu la pensée de publier, après ses nombreuses pièces de théâtre, une série de romans historiques, pris dans l'histoire et dans les mœurs du Midi au moyen âge et d'exploiter, lui aussi, cette grande époque de drame et de poésie. C'était le pastiche de Walter Scott après le pastiche de Shakespeare. Le Vicomte de Béziers, auquel se rattache la fameuse et sanglante guerre des Albigeois, au douzième siècle, et son frère historique, le Comte de Toulouse, étaient les deux premiers romans de cette série.
2. Malheureusement les saines et consciencieuses études littéraires sont parfois compromises, quand on se lance sur ces chemins de fer de la littérature rapide et facile.
3. Lorsqu'on publiait les Mémoires du diable, un critique disait : « Tour à tour romancier, feuilletoniste et auteur dramatique, Frédéric Soulié a su s'acquérir une triple réputation, dont la plus brillante revient cependant au romancier. » — Comme Soulié portait de grosses moustaches, et qu'il avait les sourcils très fournis, le môme critique ajoutait : « Des yeux, des sourcils et des moustaches, voilà de quoi se compose exactement le visage de l'auteur des Mémoires du diable. On a dit qu'il avait une bouche et un nez; mais ces deux objets ne sont pas visibles à l'œil nu. »