‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 157 sur 498 · UN ROMAN D'ANDORRE · texte numérisé non relu

UN ROMAN D'ANDORRE

toyens. Il parlait passablement les langues française et castillane. Comme il n'était pas chef de famille, on ne l'avait pas assujetti à des études plus complètes.

De toute manière, il y avait dans ce jeune homme un ensemble de qualités et de conditions de maison, qui en faisait, relativement, un point de mire pour le pays. Il était bien de sa personne; teint brun, mais coloré, longs cheveux bouclés, se déroulant sur les épaules, regard et physionomie pleins de sourires. D'ailleurs, il avait deux bonheurs qui sauvent, en général, les jeunes gens : il n'était nullement prétentieux et, d'autre part, il aimait l'occupation. A la tête des nombreux domestiques de sa maison, il donnait l'exemple et surveillait les travaux rustiques. Habile à dompter les chevaux les plus fiers et à poursuivre les chevreuils jusque dans les retraites les plus élevées, il se plaisait aux exercices qui demandent de l'adresse, de la force et de l'agilité. L'écrivain, qui nous met en rapport, non avec des personnages fictifs, mais avec des individus réels ', constate qu'Anton, en bon Andorran, avait de profonds sentiments religieux, aimanta s'acquitter des observances positives du culte.

Anton, plus par ses agréments que par sa naissance, présidait à tous les plaisirs; le plus brillant aux jeux, aux danses, les jeunes gens du canton l'avaient nommé chef de la fête, fadry major, en termes du pays. L'ouverture de la danse est un droit réservé à cette qualité, et, lorsque le jeune fadry s'avança vers le groupe de jeunes filles pour faire un choix, chacune désira le bonheur de lui plaire. Mais, parmi cet essaim de jeunes beautés, il ne vit que Maria. Il l'avait distinguée depuis longtemps, sans le lui dire, et lui présenta sa main.

1. Nous rappelons qu'on donne ici le nom de roman à des faits historiques puisés aux sources, aux écrits de témoins oculaires des événements.

200 I/ARIKGE, IVe PARTIE {mite et fin), CHAP. III.

La jeune fille préférée avait environ quinze ans. Elle devait, par les lois du pays et la disposition de son père, être l'héritière de sa maison ; mais c'était autre chose qui déjà, à quinze ans, la faisait rechercher par les fils des premières maisons d'Andorre. Sans doute elle était belle, mais la modestie complétait sa beauté; et nous rencontrons ici, au sein d'une population primitive, une de ces natures délicates qui, loin de contester ou d'envier aux autres femmes leurs divers avantages, y rendent hommage les premières. Aussi, le romancier se montre aussi discret que ses jeunes héros, et ne perd pas son temps à nous décrire les émotions de deux jeunes gens honnêtes, alors que, pour la première fois, ils s'aperçoivent de leur penchant l'un pour l'autre.

Depuis cette rencontre de la Pentecôte de 178G ou 1787, origine de leur affection, les deux Andorrans durent rêver d'une fusion future dans une vie commune. Et ne semble-t-il pas qu'avec de pareils éléments, après de pareils préambules, les solutions doivent arriver aisément? et ne faut-il pas croire que deux êtres aussi excellents, à différents titres, devront trouver toute facilité à s'unir? — Rien de disproportionné dans les situations; tout était en des conditions de convenance.

VII. — L'historien, l'homme grave qui fut initié aux détails de ces deux destinées et aux incidents de leurs origines respectives , raconte la manière nouvelle dont s'écoulèrent les journées et les mois pour les deux jeunes gens, depuis la circonstance qui les révéla d'une manière, pour ainsi dire, officielle l'un à l'autre. Que l'un pense à l'autre chaque jour; que chaque jour celle-ci se préoccupe de plaire à celui-là et de tenir une place dans sa pensée ; que la jeune femme commence à éprouver un sentiment qu'elle

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