‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 160 sur 498 · LE NATUREL DANS LE ROMAN D'ANDORRE · texte numérisé non relu

LE NATUREL DANS LE ROMAN D'ANDORRE

tout est vraiment de la campagne. Cela ne veut pas dire que nous refusions aux habitants de la campagne des passions aussi touchantes et des sentiments aussi vifs que ceux des habitants des villes ; mais nous pensons, à la suite d'un moraliste sagace et spirituel de notre époque !, que les paysans qui aiment ont toujours dans leur amour quelque chose de grave et de simple, et qu'il serait contre toutes les vraisemblances de leur donner l'air des grandes passions ou du bel esprit. Assurément il y a de grandes passions au village, il y en a dans le haut pays d'Andorre ; mais elles ne sont ni bruyantes ni agitées, elles se concilient avec des sentiments et des formes simples.

Telle est l'œuvre que nous devons à un écrivain, romancier d'un jour.

M. de Roussillou a bienfait de nous conserverie dénouement très historique de ce roman.

Trois ans encore se passèrent sans que le père changeât rien à ses résolutions, et Maria s'obstinait à refuser les établissements qu'on lui proposait. Nous étions alors en 1794. La guerre sévissait entre la France et l'Espagne, et la Cerdagne espagnole était occupée par un corps de troupes françaises que commandait le général Chalret, dont la résidence était à Puycerda. Ce général voulut se porter sur la Seu-d'Urgel, et, pour faciliter la prise de ce fort, il forma le projet de faire passer les troupes par l'Andorre.

Qu'allait-il résulter du passage des troupes françaises? Les propriétés et les moissons de l'Andorre n'auraient-elles pas à souffrir des dégâts sans nombre qu'entraîne la traversée d'un corps de troupes? Prévenus à temps, les Andorrans s'alarmèrent, leur conseil2 se réunit de suite, et il

1. Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, De Vamour conjugal dans le drame.

2. La province est gouvernée par un conseil général ou souverain

206 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. III.

fut décidé qu'on enverrait deux membres en députation au général Chalret pour lui représenter les droits de la vallée. Or, c'est ici que la personnalité d'Anton sort de ces conditions banales, dans lesquelles s'agitent en pure perte tant de prétendants à l'hymen, destinés à échouer devant la volonté des familles dont ils ne réussissent point à se faire agréer. Un rôle politique fut dévolu au jeune Anton. Il était déjà avantageusement connu dans le pays; il avait souvent terminé des différends, grâce à sa justesse de jugement et à son esprit de conciliation. 11 pouvait se faire entendre en français. Il fut donc décidé qu'il accompagnerait les deux membres du conseil chargés de cette mission, honneur extraordinaire pour un fils de famille. Le conseil déclara qu'il resterait assemblé jusqu'au retour de la députation.

Anton et les autres envoyés rencontrèrent à peu de distance des frontières un commandant français, nommé Fabre, avec F avant-garde du corps qui devait entrer en Andorre. xAnton fait part au commandant de la mission dont ils sont chargés parle conseil d'Andorre, et obtient que le chef de l'avant-garde ne dépasserait pas le hameau qu'habitait sa famille, et qui était le premier qu'il devait rencontrer sur la route. Fabre et ses soldats furent reçus dans la maison d'Anton, et ce dernier, continuant sa marche jusqu'à Puycerda, plaida la cause de la neutralité de l'Andorre avec tant de raison et de force, que, contre toute probabilité, dit l'historien qui nous sert de guide, il obtint du général Chalret la révocation de l'ordre d'entrer en Andorre ■•.

C'était un vrai triomphe. Le général reçut le jeune négo-

composé de vingt«qiiatre membres, qui se réunit, ou dehors des époques régulières, lorsqu'il se présente des affaires extraordinaires.

1. Tout ici est absolument historique, les événements extérieurs, ainsi que les détails intimes des familles; le chevalier de Roussillou l'a fait observer {l'Andorre, p. 34). L'Andorrane, héroïne du roman j vivait encore en 1823.

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