‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 161 sur 498 · DONNÉE HISTORIQUE DU ROMAN · texte numérisé non relu

DONNÉE HISTORIQUE DU ROMAN

dateur avec distinction, et celui-ci s'en retourna en toute hâte dans son pays après avoir obtenu ce qu'il demandait. La nouvelle du succès de sa mission se répandit bientôt ; les autres députés se plurent à lui rendre justice et à reconnaître combien la réussite de l'ambassade lui était due. Cette popularité allait-elle servir à son mariage? C'était à supposer.

Anton fut d'abord félicité , embrassé par son père, il se rendit ensuite au lieu des séances du conseil souverain ; il fallait, pour cela, passer auprès de l'habitation de Maria, et Anton ne put s'empêcher de soupirer ; une lueur d'espérance se glissa dans son cœur. Arrivé au palais, il rendit compte au conseil de sa mission avec sa modestie accoutumée. « Tous les vieillards l'embrassèrent, ajoute l'historien, on le nommait le sauveur du pays et le défenseur de ses droits. » Mais ce qui importait le plus, c'était le suffrage du père de Maria, qui était membre du conseil, et qui exalta, comme ses collègues, le mérite d'Anton. Et certes, de toutes les approbations, c'est celle-ci que ce dernier désirait le plus. Séduit par l'éloge qu'il en recevait, impatient de savoir si l'espérance dont il se flattait était fondée, il s'approche de lui : « 0 mon père, lui dit-il, je serai le plus heureux des hommes, si, en venant de remplir mon devoir, j'ai pu acquérir votre estime et votre amitié. — Oui, lui répondit le vieillard entêté, comme citoyen, vous avez acquis des droits à ma reconnaissance et à mon estime, mais mon amitié ne sera jamais à vous. »

Cette réponse replongeait Anton dans tout son malheur. Toutefois, si l'obstacle se prolongea, les résistances tombèrent, après dix ans d'attente.

Tel est le roman dans lequel s'est exercée une plume ariégeoise qui n'a voulu que conter, en passant, Un récit cueilli sur son chemin, comme on cueille une fleur. Avec le

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chevalier de Roussillou, nous avons eu le roman sous forme d'églogue, d'idylle, le roman rustique, dans lequel les passions ne sortent pas du cadre de la vie des champs. Avec Frédéric Soulié, nous avons été jetés dans les tableaux hyperboliques, horribles même, de la corruption sociale et des scandales des villes. Ainsi, nos romanciers ariégeois ont montré qu'ils pouvaient apporter leur appoint dans la peinture des deux extrémités de l'existence, soit urbaine, soit rurale. A l'un la plume fiévreuse, colorée, brûlante; à l'autre les pinceaux tranquilles, inoffensifs. Mais F. Soulié et M. de Roussillou n'auront-ils point de successeurs? L'Ariège ne prépare-t-elle pas d'autres écrivains ? Ne faut-il point se rendre aux symptômes et compter sur les promesses? 11 y a plus que des sillons tracés. On voit s'avancer sur la route bien des intelligences brillantes, aux pensées nobles, au langage poétique.

IX. — Le nouveau personnage dont nous devons parler maintenant est M. Toussaint Nigoul1, esprit distingué, dont les facultés se sont appliquées à des sujets divers, qui a une place marquée dans le journalisme, en même temps qu'il a fait ses preuves comme écrivain d'histoire, mais que le roman acclame à son tour. Ah ! si la destinée avait poussé M. T.Nigoul dans la direction unique des travaux intellectuels, s'il eût voulu marcher dans les rangs des romanciers, ne nous a-t-il pas fait pressentir qu'il ne resterait pas indifférent et inutile pour la gloire ariégeoise?La littérature, la politique, les affaires personnelles, les questions départementales, les intérêts généraux, l'amitié, l'enthousiasme pour les nobles choses et pour la liberté, voilà le cadre et l'aliment tout à la fois de cette activité.

1. Cet écrivain, originaire de Rabat, est commis principal au ministère des postes et télégraphes.

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