ISABELLE DUCOS
à lui rappeler des souvenirs d'enfance, lui font reconnaître dans son nouvel amant son propre frère, dont elle avait ignoré le sort depuis sa fuite de la maison paternelle. Désespérée, pleine d'horreur, elle part, arrive à Lausanne et se jette dans le lac. Olympio (c'est le nom du sculpteur), de son côté, s'est donné la mort.
XI. — Telle est l'histoire racontée dans Isabelle Ducos, et dans laquelle se rencontrent deux situations dramatiques, que le jeune romancier de vingt-trois ans a su exposer avec talent : d'abord, quand l'héroïne du roman se voit abandonnée, trahie par Lucien ; en second lieu quand, donnant son affection à un nouveau venu du nom d'Olympio, elle découvre que celui-ci est son frère, perdu de vue depuis l'enfance.
Dire que nous aimons beaucoup le sujet de ce roman, qui rappelle l'aventure de Ninon de Lenclos avec son fils le chevalier de Yilliers, ce serait trop nous avancer. 11 y avait mieux à faire ; on pouvait toucher à des épisodes qui, eussent moins côtoyé ces incidents déplorables où la littérature malsaine, à sensation, va quêter et puiser ses aliments. Tomber par inexpérience peut être moins rare que les hommes ne veulent le penser et le dire ; mais n'est-il pas à craindre que cette fatalité qui pousse à l'abîme de l'infamie et du suicide, ne paraisse indiquée ou montrée au lecteur comme l'inévitable conséquence de la première faute, malgré les bons instincts longtemps persistants? Combien de femmes qui ne croient pas aux chutes fatales ! Le ciel ne vient-il pas toujours en aide à la bonne volonté, si dures et si longues que scient les épreuves?
Toutefois, c'était un brillant début pour l'écrivain ariégeois ; avec des maximes judicieuses, des scènes pathétiques, ce roman soulève une thèse qui a sa raison d'être,
•2H; I/ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), OHAP. III.
celle de mettre en temps opportun des restrictions aux pouvoirs discrétionnaires des parents ascendants. Si la jeune Isabelle Ducos s'est perdue, c'est par suite de la brutalité de son père, se donnant cours sans aucun frein. Après cela, il n'est que trop vrai que cette victime féminine de l'absence de protectorat au foyer paternel, était loin de se conformer aux maximes — que nous n'apprécions pas — écrites par un poète italien, par une femme après de douloureuses expériences.
A vous qui voguez pour la première lois sur cette mer profonde et orageuse des passions, où tant d'autres femmes ont déjà fait naufrage, voici le conseil que je vous donne avant tout : attachezvous à de nobles âmes et vous ne serez jamais délaissées1.
XII. — Après le talent qui se révèle dans Isabelle Ducos, nous regrettons que M. Toussaint Nigoul n'ait pu cultiver à fond une branche de la littérature où il se serait, nous le croyons, créé une spécialité. Il aurait peut-être réagi contre les tendances regrettables d'une certaine école de romans. Il aurait fini par conquérir une prépondérance qui eût servi aux intérêts délicats de la société ; car M. Nigoul a le secret du style ; il pense, il a l'imagination et la fécondité, le don d'observation, il a la flamme et une somme d'idées acquises. Pourquoi, ainsi qu'un écrivain du Castillonnais dont il va être question et qui n'a fait également que s'essayer, ne serait-il pas devenu un de nos bons romanciers? N'a-t-il pas prouvé qu'il sait développer une intrigue , étudier des caractères , faire