‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 166 sur 498 · M. A. ARTAUD · texte numérisé non relu

M. A. ARTAUD

écrivain de l'Ariège dont il constitue le premier pas dans la carrière.

A la droiture de ses intentions, au libéralisme honnête et élevé de ses principes et de ses sentiments, nous reconnaissons un fils de bonne race qui entend rester tel, en dépit des excitations malsaines et des entraînements de cette vie parisienne, où viennent si souvent se flétrir et s'user avant l'heure tant d'esprits bien doués et de cœurs généreux.

Sans se laisser arrêter par les inexpériences et les petites négligences de la plume, la critique doit faire bon accueil à ce début plein de promesses. Dans un temps si fécond en scandales littéraires, à une époque où la curiosité publique, avide d'insanités, n'a d'égale que l'empressement avec lequel la presse entière (à de rares exceptions près), quelle que soit sa couleur, cherche à satisfaire et même à devancer ses mauvais instincts, nous avons plaisir à rencontrer, sous une plume qui débute, la ferme résolution de demeurer dans les voies honnêtes, dans ce juste milieu toujours banni des violents, mais où gît cependant la vraie sagesse, et de ne rien sacrifier aux honteuses idoles du jour.

Qu'on ne dise pas ici que l'honnêteté est facile à la médiocrité peu méditative. Droiture ingénue et force réfléchie sont loin d'être inséparables, quand même on aurait grandi dans cette fournaise ardente, où s'agite pêle-mêle tout ce qu'il peut y avoir au monde de plus noble, de plus grand, de plus beau, tout ce qu'il y a de plus bas, de plus insensé, de plus vil. Sans doute, si l'enfance s'est élevée au milieu de cette mêlée confuse du bien et du mal, à travers les images opposées, sans cesse offertes à nos yeux et les doctrines contraires, sans cesse prêchées à nos oreilles, l'on peut douter que les résultats laissent une âme en

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longue possession de cette fleur d'enthousiasme et d'illusion, autrefois si chère à la jeunesse. C'est pourtant un bonheur que notre roman ariégeois ne dit pas impossible.

C'est aussi l'heureux partage de mademoiselle Geneviève de Constansac, dernier rejeton d'une noble famille, l'héroïne du roman, qui vit seule et tranquille avec sa vieille grand'mère, dans un château de l'Ariège, près de la petite ville de Saint-Sylvère, se permettant, avec cette liberté accordée même aux filles de bonne maison, dans certaines provinces reculées, les libres excursions aux beaux spectacles d'une nature admirable jusque dans sa sévérité.

Sous le porche d'une petite chapelle isolée, — vieux moyen classique employé par les romanciers pour les rencontres — sous le porche donc d'une chapelle, où mademoiselle Geneviève s'est réfugiée pendant un orage, elle rencontre, un jour d'été, Pierre Maugard, revenu depuis peu dans ses montagnes, après avoir terminé son éducation à Paris. Fils d'un officier du premier empire, dont le modeste héritage lui assure une indépendance conforme à ses goûts peu ambitieux, Pierre Maugard, longtemps auparavant, s'était déjà trouvé en face de la jeune fille, encore enfant, pour la sauver d'un danger pressant.

De cette seconde rencontre le jeune homme conserve un souvenir qui le ramène sans cesse autour du château, et fait naître l'amour dans ce cœur demeuré pur et fort malgré les entraînements de la vingtième année. En vain, mesurant les obstacles de toute sorte qui se dressent entre eux, différence de naissance, de fortune, préjugés enracinés de la vieille baronne, Pierre Maugard cherche-t-il à tout oublier. Un jour, las de combattre, il prend la plume et, avec une franchise pleine de naïveté, il imagine, en dépit de l'usage, d'offrir directement à mademoiselle de Cons-

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