‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 167 sur 498 · LE CAHIER DE GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

LE CAHIER DE GENEVIÈVE

tansac, son cœur et sa chaumière. En fille bien élevée, Geneviève porta la lettre à sa grand'mère. Pas n'est besoin de dire le mépris et le courroux de la vieille dame. Après une discussion où les arguments usités en pareille occasion sont employés de part et d'autre, madame de Constansac finit par se rendre, à condition que sa petite-fille attendra le moment, peu éloigné, où la baronne ira rejoindre ses ancêtres dans un monde meilleur. Résolution héroïque de la jeune fille, qui reçoit l'autorisation de convier elle-même Pierre Maugard à venir entendre son arrêt dans une réponse négative.

A la suite de cette dernière entrevue, où Geneviève ne dissimule point ses véritables sentiments, Pierre Maugard, désespéré, quitte le château et passe la nuit à errer dans les bois, livré à de sombres pensées et prêt à en finir, lorsqu'un bruit de sanglots étouffés, en le confirmant dans la certitude d'être aimé, vient lui rendre le courage et la vie.

Les choses ont repris leur cours ordinaire, quand, un jour, vient soudain débarquer au château une cousine de la baronne, la marquise de Yaubriand, veuve dun ambassadeur, initiée par son mari à toutes les ruses du métier, rompue à toutes les finesses de la vie mondaine, et mère d'un fils dont les prodigalités ont compromis la fortune et préparé la ruine. Aimable, insinuante, pleine de séductions, habile à flatter les préjugés aristocratiques de la vieille dame et les enthousiasmes poétiques de la petite-fille, la marquise n'a pas de peine à gagner la confiance des deux solitaires ; et, lorsque le moment lui semble venu, le prétexte naturel du départ amène sur la scène celui pour qui se sont dressées tant de batteries cachées. Fort peu disposé au mariage malgré les charmes de sa cousine, le jeune marquis résiste; mais, en face d'une catastrophe inévitable, entre la perspective peu séduisante d'aller enfouir sa vie

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au fond d'une province ou de redorer son blason par quelque alliance vulgaire, tandis qu'à portée de la main, pour ainsi dire, l'attend une fleur charmante, environnée de tout ce qui fait l'agrément de l'existence, M. de Yaubriand finit par acquiescer au projet de sa mère.

Le consentement de la vieille baronne n'est pas difficile à obtenir, mais Geneviève ne se laisse pas vaincre aussi aisément. Si elle s'est résignée à congédier Pierre Maugard, elle ne l'a pas oublié, et ne peut se résoudre à donner sa main sans son cœur. Poursuivie par les instances de sa grand'mère, elle se décide à s'ouvrir à la marquise qui la rassure et l'encourage. Elle finit par céder, et le mariage se fait.

XV. — Ici commence l'intervention du cahier. Seule à Paris, en face d'une situation toute différente des promesses qu'on lui avait faites, Geneviève ouvre ce cahier blanc donné par sa grand'mère au départ et lui confie les pensées, les amertumes de son cœur froissé. Paris l'attire peu; il ressemble si peu à ses chères montagnes ! elle le connaît si mal, isolée entre une belle-mère livrée pour son propre compte aux plaisirs du monde, et un mari qui n'a pas attendu longtemps pour la délaisser. Déçue, irritée, humiliée dans son amour-propre de femme, elle se laisse aller au découragement et projette de se réfugier à Constansac. Mais de meilleures résolutions l'emportent ; elle aura du courage, elle luttera, et peut-être son mari lui reviendrat— il- Sœur Marie, une cousine que la perte d'un fiancé bienaimé a jetée sous la cornette d'une fille de la charité, l'encourage et la guide. C'est elle qui console Geneviève lorsque celle-ci a cru apercevoir, dans une allée du bois, une femme à la riche parure, à demi-couchée dans sa voiture, dont le regard ironique et méprisant l'a longtemps suivie; c'est

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elle qui lui conseille de chercher dans le soin des pauvres un refuge à ses inquiétudes.

Un jour, à la porte d'un magasin en renom, Geneviève est insultée par un ouvrier sans travail. Revenant sur un premier mouvement de colère, elle interroge cet homme, le voit plus aigri par la misère que méchant par nature, et se fait conduire à sa mansarde. Le dénuement du ménage est extrême. Aidée de sœur Marie, Geneviève ramène dans cet intérieur l'ordre, la propreté et, avec le temps, l'aisance, apprivoise le farouche Hounoux, et gagne l'affection reconnaissante de la femme et des enfants.

Le marquis, de son côté, a repris sa vie d'autrefois, et le salon de la vieille marquise continue à être le rendezvous de la société élégante et littéraire du noble faubourg. 11 n'est bruit que d'une prochaine première; la marquise a fait arrêter une loge, et le marquis doit accompagner sa mère et sa femme. Il s'en excuse cependant, sous prétexte de migraine. Mais Geneviève croit l'apercevoir en face d'elle, tout au fond d'une loge occupée par cette femme qui, au bois, l'avait poursuivie de son regard hardi et méchant. Rentrée chez elle, Geneviève court à la chambre de son mari et la trouve vide. Pour échapper à ses tristesses, elle se fait conduire à Meudon, met pied à terre. Tandis qu'elle se promène, elle se trouve tout à coup face à face avec cette même femme. (Yoilà des hasards qui, peut-être, servent trop complaisamment notre romancier.) Celle-ci s'approche et, après de violents éclats de colère et de haine, lui livre une lettre de M. de Vaubriand, lettre écrite la veille de son mariage, et dont les termes ne laissent aucun doute sur la nature de leurs relations. Geneviève, épouvantée, humiliée., brisée de douleur, veut quitter sa maison. Sœur Marie lui rend le courage, en lui parlant l'austère langage du devoir, et la décide enfin à rester vi. 15

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par pitié pour le petit être qui va venir. Geneviève subit donc sa situation, et mademoiselle Emma Landry continue à gouverner la vie de M. de Vaubriand.

Mademoiselle Emma a eu pour père un médecin qui ne s'est guère occupé de sa fille, que pour lui inculquer une incrédulité absolue, dont le lïuit a été une entière perversion morale et un goût immodéré des jouissances matérielles. La mort de son pt;re force mademoiselle Landry à ouvrir un atelier de modes. Mais bientôt, lasse de cette vie de travail si antipathique à ses instincts, elle abandonne une mère dont elle rougit, et tombe, de chute en chute, au rang de ces femmes entretenues dont la célébrité tapageuse s'étale en pleine capitale. Hector de Vaubriand s'était laissé prendre à ses filets. Depuis longtemps elle le dominait, et, l'ambition venant, depuis longtemps elle caressait l'espoir de devenir marquise légitime. De là sa haine et sa fureur contre Geneviève. Reculant devant un crime qui ne resterait pas impuni , elle travaille à la ruine du marquis , l'excite à recourir à sa femme qu'il oblige à engager sa fortune après avoir menacé la vie de leur fils. Geneviève, effrayée, cède et signe.

Pendant l'absence de la jeune marquise, qui est allée passer l'été auprès de sa grand'mère, mademoiselle Landry s'empare de plus en plus d'Hector. Elle l'entraîne d'eaux en eaux, de plage en plage, prenant partout le nom et le titre de la femme légitime. La ruine commencée s'achève. Accablés d'embarras de toute sorte, éconduits par les prêteurs, frappés par les usuriers, les amants se voient dans une situation sans issue. Après une conversation qui dissipe les derniers scrupules d'Hector, assurée tout au moins de son silence, mademoiselle Landry ose contrefaire la signature de madame de Constansac. Mais le faux est bientôt découvert, et les coupables vont tomber

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