‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 170 sur 498 · Champfleury · texte numérisé non relu

Champfleury

2. L'auteur reconnaîtra que l'entrée en matière est un peu brusque. De prime abord, on voit M. Maugard et mademoiselle de Constansac se parler cordialement et intimement. On ne sait de quoi il s'agit; on n'a pas eu le temps d'être préparé à cette intimité. De plus, on les aurait voulus réunis sous le porche de la vieille chapelle autrement que par un orage. Nous l'avons dit, les orages constituent une ficelle fort démodée en ce moment, à force d'avoir servi. Le malheur ne veut-il pas que déjà, dans le roman de M. de Roussillou, il y ait eu aussi un orage (très réel, celuilà) qui fait se rencontrer Maria et Anton?

Nous dirons aussi, de la fin du roman, que nous ne comprenons pas trop ce dénouement dans lequel Geneviève de Constansac, ayant tout perdu, et son mari et sa grand' mère, croit devoir se réfugier dans un couvent, et se rend libre en proposant à l'ami d'autrefois, au prétendant repoussé, à Pierrfi Maugard, de se charger de l'enfant de M. de Vaubriand. Si c'était l'initiative de M. Maugard, on se l'expliquerait; Maugard ne verrait dans le jeune Vaubriand que le fils de Geneviève. Mais il n'est pas naturel de voir Geneviève proposer elle-même une dernière épreuve à celui qu'elle avait repoussé jadis.

Il y a aussi une scène, celle où le marquis de Vaubriand et mademoiselle Landry sp tuent, qui nous semble devoir être remaniée. La manière

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remarquée dans le monde des lettres, car on y démêlera les indices d'un talent de romancier, le don de l'observation, la facilité à concevoir les plans et à faire évoluer les personnages. Le parallèle entre la vie de Paris et la vie en pleine campagne esl vraiment approfondi; on y dit dechoses très fines sur la grande ville, a ce refuge ordinairement préféré des pauvretés qui cherchent du travail et des infortunes dans l'ombre ». La seconde partie du roman consiste en un carnet ou journal, dans lequel Geneviè\< de Constansac tient note, jour par jour, de tous les événements de sa vie intime; et il est de notre devoir de déclarer que les lecteurs trouveront dans ce carnet des passages qui rappellent les maîtres. L'auteur possède l'art de raconter avec un style abondant, qui se plie avec souplesse aux diverses nuances qu'il doit exprimer. Le soleil et la lumière des vallons du Couserans et du Castillonnais ont influé sur la plumedu jeune et brillant auteurdu Cahier de Geneviève. Ajoutons que la Geneviève de M. Artaut n'a rien de commun avec la Geneviève de madame E. de Pressensé, excepté « l'énergique compassion pour les souffrances humaines et une chaude vigueur d'amour ». Le roman de madame de Pressensé se passe dans le milieu ouvrier, tandis que le romancier de Castillon met en scène les femmes des classes bourgeoises ou aristocratiques, pour décrire les tortures que leur infligent nos mœurs contemporaines. Nos deux écrivains ont des larmes et des conseils sympathiques pour les sacrifiés. Chez madame de Pressensé, la religion et

donl mademoiselle Emma Landry excite le jeune marquis de Vaubriand à mourir et le traite de poltron, parce qu'il a peur de la mort et du par delà, esl étrange. Le romancier doit, selon nous, mieux ménager la gradation 'les tons et des raisonnements, par lesquels une folle méchante veut persuader à un vivanl de ne voir dans ta moii que le néant.

Nous croyons qu'il faudrail aussi revoir un peu la scène de fureur que fait, au bois de Meudon, mademoiselle Landryà la jeune madame de Vaubriand.

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