‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 173 sur 498 · T. SILVESTRE ET HORACE VERNEÏ · texte numérisé non relu

T. SILVESTRE ET HORACE VERNEÏ

pondances intimes, sa manière d'être dans la vie privée.

Théophile Silvestre était devenu si lié avec Horace Vernet que l'illustre peintre, comprenant que Silvestre voulait faire de la biographie sincère, psychologique, lui donna les lettres intimes qu'il avait adressées à sa famille (25 lettres environ) , pendant son voyage en Russie, en 1842-1843.

Or, voici ce qui fut un événement en 1856. Notre critique ariégeois était entré de plain-pied dans l'intimité d'Horace Vernet, qui l'attirait chez lui tous les jours avec une rare affabilité. Les choses changèrent, après que les lettres d'Horace Vernet furent publiées. Il y eut procès. Maître Crémieux plaida pour Théophile Silvestre, et, après un premier échec, Théophile Silvestre, ne prenant pas d'avocat, plaida lui-même en appel devant la cour impériale.

Horace Vernet avait été sensible aux observations de quelques amis, lui reprochant d'avoir laissé imprimer des lettres qui renfermaient un grain de raillerie sur la Russie, sur ses mœurs, sur ses institutions, sur l'empereur Nicolas dont il avait reçu une cordiale hospitalité. Dans ses remords, il se retourna contre Silvestre, lui imputant le crime d'avoir publié des passages de ses lettres, avant qu'ils eussent été revisés par lui.

Nous n'entrerons point dans le fond de ce procès, où se mêlent des questions de discrétion et de délicatesse. Mais, lorsqu'on lit le Mémoire imprimé de Théophile Silvestre, inspecteur des beaux-arts en mission, appelant, contre Horace Vernet, peintre, de l'Institut, intimé, on ne peut s'empêcher d'admirer dans ce travail un modèle du genre. Théophile Silvestre voulut se passer du concours de l'éloquent Crémieux. Et sans doute Crémieux n'aurait eu ni plus de clarté et de méthode, ni une argumentation plus serrée, ni une parole plus nerveuse.

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Il était fâcheux pour Horace Vernet de voir livrer à la publicité des choses qui, selon lui, n'auraient jamais dû voir le jour. 11 était dur, en même temps, pour Théophile Sil- \<>stre, de voir accuser sa loyauté , pour avoir publié des écrits qui lui avaient été donnés, et sur lesquels Une connaissait pas les réserves qu'Horace Vernet avait négligé de spécifier'. Procès né d'un regrettable malentendu. Comment Horace Vernet s'était-il défait de ces lettres, puisqu'elles étaient devenues, d'après Silvestre, la propriété de l'auteur de Y Histoire des artistes vivants?

XVIII. — Tiendrons-nous enfin notre critique d'art attitré, notre critique officiel des productions littéraires? Aurons-nous enfin notre Gustave Planche ariégeois, notre Sainte-Beuve, notre Alfred Nettement, notre Paul de Saint- Victor, notre Pontmartin de l'Ariège? Un instant, M. Raoul Lofagette nous l'a fait espérer. Il semblait inaugurer, dans un des grands journaux de la capitale, une série d'études sur les poètes et les prosateurs contemporains. M. R. Lafagette ne semble-t-il point prédestiné à la magistrature de la critique, penseur ayant des idées, de la couleur, de la verve et de l'intrépidité? Ne porte-t-ilpas cet esprit élevé et large qui comprend les grandes choses, cette expérience dans l'art d'écrire qui parachève la justesse naturelle et le sentiment de la mesure, cette indépendance du cœur qui détourne des platitudes?

Nous nous nourrissions de cet espoir patriotique, en lisant une étude sérieuse de M. Raoul Lafagette sur le talent d'Alphonse Daudet, quand succèdent, à ce premier et brillant essai, deux années de silence, puis la publication d'un volume de poésies, Pics et Vallées. Sans doute M. Raoul

1. Silvestre demandait qu'Horace Vernet fût condamné à 20,000 francs de dommages-intérêts.

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