‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 176 sur 498 · LE POEME PICS ET VALLÉES · texte numérisé non relu

LE POEME PICS ET VALLÉES

ou forte, une légitime tristesse, ou une fierté au sujet des rocs et des montagnes des Pyrénées ariégeoises, toutes choses qui flatteront d'abord les compatriotes du poète, mais qui s'adressent à tout lecteur, par une manière tendre et philosophique de sentir les beautés de la nature. On pourra dire de ce nouveau volume, à part trois ou quatre passages, ce qu'on a déjà dit de F. Coppée : M. Raoul Lafagette fera du bien aux âmes jeunes d'aujourd'hui, que tant de vilaines séductions attirent; elles pourront boire, dans Pics et Vallées, comme un verre de bon vin plein de soleil, pendant que, d'autre part, on ne leur sert que de l'opium.

Il faut applaudir, comme ariégeois, au début quasiofficiel de M. Lafagette dans la critique des écrivains que la France produit à notre époque. Notre compatriote semblait vouloir poursuivre, sur de grandes proportions, une étude anatomique et physiologique des œuvres contemporaines de l'esprit français \ Il paraissait vouloir s'essayer à surprendre le mécanisme du mouvement en fonction, ce qui fait la vie et le succès du talent. Aussi son premier travail s'était-il porté sur l'enfant gâté du moment, sur l'une des idoles des lecteurs parisiens, Alphonse Daudet. Néanmoins, nous nous réjouissons de l'intermittence qui a interrompu ce genre d'études, dans lequel le psychologue de Foix aurait déployé une réelle compétence , par la manière de prononcer l'éloge ou le blâme. Peut-être, plus tard, M. Lafagette reprendra-t-il cette mission délicate de parcourir de rang en rang, comme un chef d'état-major, la mêlée des intelligences de la France contemporaine, dans le but d'indiquer ce qui est fort et ce qui est faible.

1. Cette étude, qui avait commencé par Alphonse Daudet, dans la Liberté du 16 août 1883, portait le titre général de Silhouettes.

238 I/ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. III.

Sans cloute on ne peut dire pourquoi ceci est fort, pourquoi cela est faible, qu'à la condition de fréquenter soi-même les hauts parages, les hauts sommets de la lumière et de l'art. Mais le poète de Foix aura le temps d'exercer, plus tard, le droit de remontrance qu'il a gagné à la pointe de son épée. Qu'on nous laisse le féliciter, au nom de l'art et du patriotisme, d'avoir si bien chanté l'Ariège et ses montagnes, ses rocs, ses rivières, ses bois, ses oasis et ses cascades.

0 mon pays natal ! montagnes bien connues ! J'entends votre silence aux magiques appels; Si mes pensers ailiers se dressent vers les nues, C'est que j'ai contemplé vos sommets éternels.

Prêt aux hardis essors des premières années, J'ai gardé ma foi vierge à travers les hasards; Par vous j'ai su rester, superbes Pyrénées, Libre comme l'aiglon, les ours et les isards.

Salut, vallon de Foix! Derrière tes montagnes Sonne un noble langage et flambe un soleil d'or; On se tourne d'instinct du côté des Espagnes, Héroïque berceau du Cid Campeador1.

Mais ni les grands décors de nos Alpes, ni même Les hauts plateaux chantés dans le Kamayana... Rien ne vaut le massif pyrénéen et n'a Ses contrastes de bois, de rocs et de prairies, Et sa vive- lumière aux multiples féeries2...

Après les défaillances, les désillusions, le poète chante en détail tout ce qu'offre la nature, lucioles, bruyères, nids, parfums montagnards , et les cascades , les vallées , les pics, etc. ; il chante sa rivière YAriège, qui passe près du cimetière de Foix.

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