‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 180 sur 498 · Pics et Vallées, p · texte numérisé non relu

Pics et Vallées, p

■2. Nous aurions voulu pouvoir comparer l'étude d'A. Daudet par M. R. Lafagette à celle de M. Louis Desprez, qui distingue dans Fauteur de VÈvangéliste deux facultés maîtresses : une sensibilité presque féminine, et un don d'ironie et d'enthousiasme inhérent à la race. On sait qu'Alphonse Daudet est né à Nîmes en 1840.

vi. 16

242 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. III.

leurs1. Ses pages brillantes, originales, fortement étudiées, gagneront h ce sacrifice2, et l'inspiration de ses facultés poétiques ne perdra rien de son authenticité.

Nous ne voudrions pas oublier la pièce qui ouvre le volume des Pics et Vallées, petit poème en quatre cents vers, intitulé la Folle des Pyrénées, C'est l'histoire d'une femme folle, inconnue dans toute la contrée, qui passa sa vie, seule, presque à l'état sauvage, sur la cime des Pyrénées3. Le poète s'y révèle avec son beau talent descriptif, avec sa puissante imagination ; il saisit l'occasion de transformer cette femme étrange en personnification de la liberté, et n'échappe pas à la tentation misanthropique de décocher quelques petites flèches contre le maire et le curé4. On y trouve encore quelques minimes concessions au réalisme littéraire, et nous ignorons si le rigorisme de certaines écoles en ratifiera le goût. Toutefois, cette épopée initiale, comme on l'a dit, est un prologue qui contient en germe tout le volume. M. Lafagette y apparaît avec ses réelles qualités, ses grands vers ; on y suit son

1. Une grande portion du public s'étonne de trouver ces mots : eurythmie, suggestivité, androgynéité, irréel, féminité, cérébralité, simplisme, passionnalité, trogne, tonitruanee, luxuriance, fortuite, robustesse, morbidesse, préciosité, etc.

2. Nous n'aimons pas plus que l'auteur de Pics et Vallées la routine française, quand elle dresse des bastilles contre l'art libre. Nous n'avons plus « l'horreur frénétique du nouveau », ni « la terreur du pittoresque ». Mais il y a un milieu à observer pour ne pas dérouter le commun des lecteurs. M. Raoul Lafagette, faisant, dans la Démocratie de ÏAriège, un compte rendu du roman publié par Jean Destrem sous ce titre : Les 500,000 fra?ics de Rosalie, n'approuve-t-il pas le style de ce roman, « un style cursif, qui ne se préoccupe pas des grands effets mélodiques ou picturaux, mais dit ce qu'il veut dire à la bonne franquette,— et « franquette » est bien le mot, — le véritable génie français étant fait de netteté, de sobriété et de simplicité ? »

:}. Voyez, au sujet de relie femme énigmatique, notre tome des Poêles.

1. Le poète, dans une phrase incidente, fait parler l'ineptie par les deux bouches du maire et du curé p. 2">

Page 1