‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 190 sur 498 · LE BALLON LE GÉANT EN · texte numérisé non relu

LE BALLON LE GÉANT EN

les perfectionnements réalisés depuis cent ans, est un art absolument français1.

Le conférencier s'acquitta de cette partie de sa tâche, avec un tel bonheur, que les comptes rendus ne tarissaient pas d'éloges sur la manière « pleine de mouvement et d'humour » de l'orateur. Ils remarquaient surtout avec quelle émotion poignante, M. T. Saint-Félix raconta sa périlleuse ascension et son long voyage aérien dans le ballon le Géant, parti du Champ de Mars en octobre 1863, et descendu dans le nord du Hanovre, après être resté plus de vingt heures dans les airs2 .

applique, le premier, la force d'une machine dynamo-électrique à la direction des ballons ; et le 9 avril 1884, MM. Renard et Krebs essayent de revenir à leur point de départ.

1. Hervé Mangon, communication à l'Académie des sciences, 18 août 1884.

2. C'était le second voyage du Géant. M. T. Saint-Félix a décrit et raconté ce voyage, comme il aurait raconté un voyage en mer, sur un transatlantique. C'est peut-être un de ses meilleurs poèmes. D'abord le ballon s'enlève dans les airs...

Un silence absolu régnait à notre bord.

On ne peut concevoir scène plus fantastique.

A nos côtés se dresse une mer de nuages

Qui, serpents monstrueux, s'enlacent aux cordages.

Puis s'ouvre sous nos pieds l'abîme . . .

Ces tableaux qu'éclairaient les rayons incertains

De la reine des nuits, nous parurent divins.

Plume et pinceaux seraient impuissants pour décrire

Les sublimes splendeurs que l'œil de l'homme admire,

Lorsqu'il plonge inquiet dans ce vaste milieu ;

L'âme tremblante hésite et s'élève vers Dieu.

Suit la description des pays qu'on traverse : la Flandre, la terre de Hollande, couverte de bois, pâturages arrosés par des cours d'eau; pays industriels avec leurs hauts fourneaux; Brème, les duchés féodaux, diverses villes tudesques; — le Géant franchit les deux bras du Weser. — Navigation grandiose et paisible jusque-là.

Vint une heure cruelle, lorsqu'on entendit le bruit sourd de la mer, puis

Le sinistre fracas des vagues en furie.

256 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite ei fin), CHAP. III.

Enfin, après quelques paroles mélancoliques et justes quant au présent, puisque l'oubli, l'indifférence, l'ingratitude des contemporains accueillent d'abord (presque toujours) les inventions et les inventeurs, le conférencier de Foix annonce le réveil, Fétude, le perfectionnement des engins connus, les incessantes recherches, puis il s'exprime sur l'avenir des aérostats avec le lyrisme d'un prophète. Il ne sera dépassé en enthousiasme ni par M. Raoul Krary, ni par M. Jules Verne. L'aéronautique sera complètement fondée. Ce sera la transformation du monde, « la navigation avec tous ses bienfaits », parmi lesquels il énumère la suppression des armées permanentes, la fin de toutes les guerres, la destruction des frontières et par conséquent des douanes, des entraves du commerce et de l'industrie ; « ce sera le régime de la fraternité humaine, la réalisation de ce glorieux avenir de paix universelle et de progrès entrevu par nos pères de 1784 et de

11 fallut éviter de se rapprocher de l'élément liquide. Cependant le* heures marchaient. Le soleil allait reparaître. L'on ne pouvait oublier la fatale issue qu'eut le voyage du 15 juin 1785, lorsque Pilàtre de Rozier essaya de traverser la Manche.

L'aérostat s'élance avec vélocité

A. travers l'infini de la plaine éthérée.

Le poète décrit l'accident qui survint au Géant. Le monstre dégorgeait le trop-plein de son gaz, que le soleil chauffait outre mesure. La marche du Géant fut accélérée d'une manière alarmante , il devançait l'ouragan furieux. 11 fallut aussitôt songer à redescendre... Ce fut un comhat titanesque avec l'ouragan qui grondait dans les basses régions atmosphériques ; l'aérostat fut traîné et tomba lourdement près de Neustadt.

Nos aéronautes trouvèrent une hospitalité touchante et princière chez le roi de Hanovre, Georges V. Le poète en profite pour insinuer que les grandes positions doivent faire naître les grands sentiments.

La source d'uu grand fleuve, ornement des campagnes, N'est-elle pas toujours sur les hautes montagnes ? Les abeilles vont bien, pour composer leur miel, Cueillir les fleurs qui sont les plus proches du ciel.

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