CONFÉRENCES D'INTIMITÉ
XXIV. — Reste ce que nous appellerons les conférences d'intimité, causeries de salon, dans lesquelles le conférencier consent à prendre la parole en présence d'un public restreint, un public choisi, assurément sympathique, et où il s'agit de laisser aller simplement son âme à l'âme des auditeurs, sur un sujet familier. C'est ainsi que M. T. Saint- Félix s'est entretenu avec ses compatriotes, dans les réunions qui ont eu lieu, à Paris, pour la Société amicale des Ariégeois. Noble et charmante manière de passer quelques heures avec ceux qui ont leur berceau dans la même terre natale! Conférences qui sont, au fond, des confidences familières, où l'on cause cœur à cœur sur des sujets utiles, où l'on donne des conseils dans l'intérêt de la colonie ariégeoise.
Nous pouvons mettre au compte des conférences d'intimité un petit écrit de 1871, dans lequel, traitant de l'agitation, de la fièvre qui travaillent les têtes à la veille des élections politiques, des élections aux conseils généraux, M. Saint-Félix nous donne un petit apologue non dépourvu de sens et de sel, et qui a pour titre le Grillon politique*. Nous ne suivrons pas avec lui « la marche ténébreuse de ces compétitions de village pour la campagne électorale, les clubs où l'on aiguise dans l'ombre les armes de la médisance et de la calomnie, les intrigues ourdies et déployées pour déjouer les plans d'un adversaire » ; nous ne reproduirons pas les sages paroles que le conférencier fait prononcer par un grillon, dans une assemblée d'insectes orthoptères, hémiptères, coléoptères, hyménoptères et névroptères, réunis par les questions politiques, M. Thiers aurait-il mieux dit, en 1871, sur la nécessité de l'union dans la forme politique qui nous divise le moins?
1, Brochure do 30 pages; Paris, 1871, chez Yei-boeckhoven<
260 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite el fin), CHAP. III.
Nous nous bornerons à faire remarquer une idylle savoureuse, une description de la campagne des environs de Mazères, cette cité « coquettement posée sur une hauteur boisée, où s'élevait jadis l'un des châteaux les plus puissants du comté de Foix, aux pieds de laquelle roulent les ondes capricieuses de l'IIers». Quel charme ne revêt pas la conférence, lorsque l'orateur vous entraîne à sa suite à deux pas hors de la ville, « le long d'un sentier de traverse, que bordent de longues haies d'ajoncs et d'aubépines » ? C'est pendant la nuit, une nuit d'été, qu'a lieu cette promenade, cette rêverie que raconle le conférencier. On retrouve, sous la plume de M. Saint-Félix, quelques-unes de ces descriptions de superbes campagnes par un auteur très en vue, où la verdure est luxuriante, où la sève déborde et gonfle les arbres. Le conférencier de Mazères nous a transportés sur un sentier « embaumé des senteurs de la nuit », couvert, presque dans toutes les saisons, de mousse et « d'herbes menues, fines et molles ». Là il est saisi par ses souvenirs d'enfance, il reconnaît « ce petit chemin qu'enfant il a si souvent parcouru », il se rappelle la « procession des fidèles à travers la campagne» (c'était le chemin des Rogations). Et l'on ne peut s'empêcher de comparer comme lui époque à époque ; on se demande s'il y avait moins de gens heureux quand on était plus croyant, et si, lorsqu'on est plus incrédule, la vie est plus limpide. — Yoilà donc notre conférencier ariégeois.
Ainsi, l'Ariège peut se vanter d'avoir étudié, par ses représentants littéraires de toute sorte, des types spéciaux d'hommes et des épisodes de mœurs publiques. Aurontils quelquefois fait un peu fausse route? Leurs personnages auront-ils toujours donné la démonstration ou la leçon morale qu'on attendait? Auront-ils quelquefois laissé