‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 203 sur 498 · MADAME D'HAUTPOUL ET LAROUISSE · texte numérisé non relu

MADAME D'HAUTPOUL ET LAROUISSE

louse, M. de Lavergne. Par exemple, lorsqu'on revient sur ces belles et doctes lettres que Labouïsse et Kérivalant échangent entre eux, on assiste aux plus fins et aux plus instructifs dialogues ; ce sont les analyses psychologiques de Sainte-Beuve, avec un ton spirituel plein d'amabilité. Nous avons pu nous donner la satisfaction d'entendre ces deux charmants causeurs, en relisant leurs nombreuses lettres de 1806 à 1814.

Mais des correspondances très étendues, très suivies et très intéressantes, ce sont celles de Rochefort avec le docteur Deville, homme de lettres qui résidait à Paris (parmi celles que nous possédons, quinze sont écrites par Labouïsse) ; avec la comtesse de Beaufort d'Hautpoul ; enfin avec P. -Hubert Anson, traducteur d'Anacréon et ancien receveur général des finances.

Nous ne citerons que deux lignes de la correspondance avec Deville; nous les empruntons à une lettre datée de Narbonne, 30 avril 1817. Labouïsse-Rochefort se voit contraint de repousser une accusation assez grotesque ; il se plaint de voir bafouer le bonheur qu'il a trouvé en ménage :

Je pense que vous avez retiré de chez M. Didot un exemplaire des Amours. Comment avez-vous trouvé cet ouvrage? Eciairez-moi de vos critiques, pour que je puisse le corriger. Les journaux ne cessent de me faire une guerre cruelle ; mais en vérité je ne conçois pas comment c'est un si grand crime que d'aimer et chanter sa femme. Mais comme aucune loi ne le défend, je garderai sur ce point mes goûts et mes principes.

Malheureusement, ce sont les répliques, les réponses des correspondants de Labouïsse qui nous sont revenues en plus grand nombre; nous possédons, en plus petit nombre, les lettres de Labouïsse lui-même à ces personnages. Pour ce qui est d'Anne-Marie de Montgeroult, comtesse de Beaufort d'Hautpoul, célèbre romancière née à Paris en 1763, morte en 1837, nous avons un grand nombre

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de ses lettres autographes, adressées à Labouïsse-Rochefort. Cette intéressante correspondance, toute littéraire, s'étend de 1806 à 1820. Elle contient de curieux détails sur les tra vaux de madame d'Hautpoul. On y trouve des jugements sur madame de Staël, ainsi que sur madame de Genlis et les poètes de l'époque , et quelques anecdotes sur madame Récamier. Après avoir encensé l'empire et l'empereur, madame d'Hautpoul se livre à des attaques virulentes contre le gouvernement déchu. Ses vues sur l'éducation des jeunes filles ont paru fort intelligentes, et développées avec beaucoup d'esprit et un rare bon sens. Nous citerons une de ses premières lettres, qui est du 30 octobre 1806.

,1e vous parais ou bien paresseuse, ou bien peu sensible, monsieur, à un souvenir aimable et flatteur. Cependant je suis loin de mériter un reproche, car il est de loute vérité que votre lettre du 1G juillet et le joli recueil qui l'accompagne, ne me sonl parvenus qu'hier 29 octobre.

... Ce paquet envoyé à Ferney y est apparemment resté par oubli. -- J'ai quitté ces beaux lieux depuis huit mois pour faire imprimer trois ouvrages ; — le premier, dédié à l'impératrice, a déjà paru : il se nomme Childéric, comme vous l'avez vu dans les journaux. — Si les extraits de l'Oman trouvaient place dans voire Magasin encyclopédique, ce serait un service à me rendre que d'en faire un de mot» ouvrage le plus tôt possible.

Nous n'avions, à Ferney, d'autre académie que celle de nos petits enfants en grand nombre et fort beaux, mais nous ne recevions presque personne, •l'ai eu peu de rapports avec Genève, où je n'allais jamais que pour emplette. J'ai fait une très petite sensalhm dans ce pais où madame de Staël éclipse lout; cependant j'ai eu le plaisir d'y réunir un malin madame de Staël el la célèbre madame Verdier. C'est le seul jour mémorable de ma vie genevoise. Mais j'ai couché dans le lit de Voltaire. J'ai traversé ce beau lac depuis Vevey jusqu'à Meillerie, j'ai vu la grotte de Julie, le clocher de l'abbaïe, le jardin de Volmar, le torrent, j'ai vu la roche et l'onde profonde... heureusement je n'étais pas au désespoir.

Notre ami Lormian vient d'avoir un vrai succès...

J'habite presque toujours la campagne... J'ai cependant été beaucoup à la cour, et j'y ai eu bien souvent le plaisir de causer avec l'empereur qui juge bien les ouvrages. — Depuis le 30 août, j'ai vécu dans la retraite, j'y resterai jusqu'au retour de l'impératrice ; je ne suis point encore attachée à sa maison ; mais j'ai la promesse d'en être un jour ; elle a de l'amitié pour moi. — Mon mari est à Naples, mon fils en Calabre.

A Goupillères, par Montforl-l'Amaury (Seine-el-Oise). — Donnez-moi des nouvelles de madame Crabère; fait-elle toujours de jolis vers?

Madame Beaufort d'Hautpoul, qui avait fait un joli poème,

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