ANSON ET LABOU1SSE
pour se retirer. — Je suis sûr de ce dernier fait surtout. — Ce n'est pas tout: l'empereur était en train, il plaisanta Marel et lui demanda ce qu'il avait fait pour èlre de l'Académie française... Maret cita une pièce de théâtre qu'il avait lue à l'empereur lui-même. — L'empereur se mita rire, lui dil qu « lie n'était pas imprimée, et que ce n'élait pas un titre, etc. — Le plus plaisant e'est que l'empereur plaisanta aussi Porlalis, lui dit qu'il était un avocat célèbre, un homme très éloquent, qu'il avait pour lui beaucoup d'estime, mais qu'il n'avait point lait d'ouvrages littéraires. — Portalis le laissa aller et finit par lui dire : « Sire, c'est vous qui m'avez nommé. » — A cela l'empereur ne répondit rien, et on commença le conseil.
Moi, je me moque de l'Institut; je suis en rébellion anacréontique, j'aime mieux boire.
13 août . — L'abbé Morellet vient de répondre par une broehure de 40 à 50 pages à Geoffroy ; cela esl modéré, fort et sage. — Le comte de Graneourl (car c'est actuellement un comte du Saint-Empire) est à Paris, et ne manque pas un vendredi, ainsi que M. de \rtnes, bien plus aimable, le représentant, ici, du prince de la Tour et Taxis. Nous étions en loge ensemble pour entendre la charmante madame Catalani. — On ne peut dire trop de bien de cette madame Catalani qui est aussi d'une figure agréable...
Le9 affaires se brouillent avec l'Angleterre : l'ambassadeur anglais..., mais je ne dois pas encore en dire davantage...
Mais me voilà, sans m'en apercevoir, bavardant, voilà ce que c'est que l'amitié ; elle lait des miracles; jugez de ce qu'autrefois, quoi que dise ma lame A., me faisait faire l'amour. — Adieu.
Le 19 août. — Je ne puis, mon cher, me résoudre à vous dire ce qui est dans les journaux; lisez-les. — Mais la suppression du tribunal, n'y est pas encore. Sachez donc qu'on place les uns dans le Corps législatif, les autres dans la comptabilité. Le président est sénateur, deux autres conseillers d'Etat, e'c.
Je ne puis souffrir d'écrire des nouvelles qui, le lendemain, sont dans le Moniteur. Vous en avez au moins vu à Saverdun. Vous allez voir des ducs héréditaires, des comtes, qui ne le seront pas, etc. Je ne veux pas de tout cela..., je reste dans ma médiocrité dont si peu de gens sont dignes.
Grand merci à M. de Kérivalant de son obligeante version.
Nos fêtes oni été fort belles ; j'en ai vu, ainsi que madame A., une partie. Le feu était superbe au Cours, où nous étions ; du côté du château la fumée a nui à l'effet.
Je suis obligé de finir en offrant mon hommage à Eléonore.
Ce 29 novembre 1806. — Allons, mon ami, encore un mot, puisque vous voulez bien vous en contenter. — Vous avez le Moniteur sûrement dans votre vilie, vous y verrez l'armistice. — 11 paraît que l'empereur passera quelque temps à Kerlin, car l'impératrice et la reine de Hollan le y vont.
M. de Boutllers, que je renco Irai hier et à qui je parlai de votre petite humeur, me répondit tout simplement que cela regardait madame de Bouffie rs ; j'ajoutai que je ne m'en mêlais pas.
Je crois que le prince de la Paix a fait une sottise dont il se repentira. N'ayez pas peur, ni des Espagno's, ni même des Anglais.
Est-ce que Chateaubriand ne va pas à Jérusalem? Cela est comique; à moins que cela n ait quelque rapport avec le sanhédrin qui s'assemble à Paris Allons, tout ce qu'on voudra : nous sommes dans le grand siècle qui ne fait que commencer. — Mes respects à madame Eléonore, et mille amitiés.
6 décembre. — Je n'ai qu'un moment, et j'ai une mauvaise plume, vous n'aurez que deux mots...
L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. IV.
l'Ai reçu vos loltrea du ?0 novembre. Nous nous portons bien...
La guerra recommence. La Grande-Bretagne est déclarée en état de blocus, cela est curieux pour les diplomates.
L'abbé Miury, ou plutôt le cardinal, car c'est ce dont il s'agit, ne sera pas reçu, je crois, à l'Institut. On ne veut pas le nommer monseigneur.
Ce 2Î. — Pour plaire à ma paresse, agréez, mon cber ami, le Bulletin
d'bier du pnnce Al. Berthier. Cela est BÛr; je ne sais encore ce que diront
les journaux d'aujourd'hui. ,
Voilà de nouveaux triomphes,- tout bon Français doit être rejouid avoir bien battu le roi de Prusse. Je ne sais rien de plus au moment ou je vous
Je'communiquerai ce soir à Cottart ce que vous me mandez pour lui. Je ne vous oublierai point vendredi auprès de M. de Grancou.t. — Adieu
26 novembre. — Mon cher ami, nous croxons ici l empereur a Madrid. D'après les derniers bulletins, il en approchait, et il n'y a guère d ennemis à craindre depuis la dernière déroute. C'est à vous à m en donneras nouvelles, vous en êtes plus près. — Kien de nouveau en littérature; j eus hier la visite de M. Millevoye .... Valete, et m, et ingrata Eleo»or<i
30 septembre. - Je ne me présente point, mon cher ami, a 1 Institut, pour ne pas voir passer devant moi des gens que j'estime peu. Je ne serais point fâché de me voir préférer Kenouard.
On dit qu'il règne une grande solitude à Fontainebleau, et que 1 empereur en a de l'humeur. Tous les sénateurs ont été invités. - Adieu.
6 septembre. - Nous avons encore envoyé hier à \ienne un auditem . Trouvera-t-il en route S. M.? Nous n'avons point encore de nouvelles de la paix. Corvisart est allé à Schœnbrunn.
5 septembre 180(5. — A propos d'une édition de Sévigne, on ne peut plus écrire après cette femme...
La paix se relarde toujours. Je vois plus d'une difficulté pour la bien faire; un traité de commerce n'est pas aisé... il ne suffit pas que nous soyons maîtres du continent...
Rê\ez-vous souvent ? .
O 9 a, rit. Voici un paquet que me fait remettre pour vous madame de Genlis- j'y joins le dernier Mrrcnre. Villars a fait tout ce que désire M Grancher. Mais on est roi, et l'on perd la mémoire... Vous savez maintenant que Naples est à Joseph. La Hollande va être a Louis, etc. Hier se célébra le mariage avec !e Pr. de Bade.
Anson donne un extrait ou résumé de deux lettres du prince Alexandre (à madame Murât) datées de 4 heures du matin et de 11 heures du bivouac sur Weymar,le 15 octobre 180G :
L'empereur a remporté, le 14, une victoire complète sur l'armée ennemie commandée par le roi de Prusse en personne, ayant sous ses ordres les
eommaiiuue i»<u «^ ■«» **« * ■ — «-- > » , ., ,
princes de Hohenlohe et de Urunsw.ck. La bataille a commencé dès la pointe du jour; la victoire était décidée à midy. Le reste du jour a eé employé à compléter le succès. L'armée prussienne a été poursu.vie et culbutée au delà de Weymar. La reine a manqué d'être prise; elle a fu, axec
ANSOX ET LABOUÏSSE. 283
le roi. L'empereur a fait 25,000 prisonniers et pris plus de 100 pièces de canon. Les généraux Mollendorff, le prince de Brunswick et le général Pruchel ont été blessés. Nous n'avons perdu aucun de nos généraux. Au départ du courrier, l'empereur s'occupait des blessés français et ennemis.
Nous trouvons, ensuite, la reprise de la correspondance entre An son et son ami Labouïsse, où nous ne chercherons pas, pour les dates, la rigueur chronologique.
Ce tnafiN, 2 novembre. — Vous n'aurez de moi, mon très cher, qu'un bonjour, et un Mercure. — Nous attendons aujourd'hui la certitude de l'entrée de i'empereur à Berlin; mes hommages à Eléonore, et mille amiliés. — Je reçois \otre lettre du 2S. Allons courage, M. l'agronome, cela vaut bien la poésie ; moi je ne suis plus qu'un intrépide lecteur. — Vole.
14 janvier 1807. — Vous aviez raison, les Russes ont été frottés et bien frottés, mais nous n'avons pas encore de bulletin, ni de détail ; je ne puis donc vous en donner. Mille choses à Eléonore. Rien autre de nouveau.
Mad. A. et moi nous nous portons bien. Nous avions hier l'abbé Picard à dîner, parce qu'il a placé un petit aveugle de notre connoissance. Nous avions de plus Yo'ney, Morellet, Lalande, Garnier, etc. Mais nos dîners ne sont plus hebdomadaires. — Vale.
15 février. — Je n'ai lu que 40 ou 50 pages de VAlmanach des Troubadours... Faible, faible. — Adieu.
Ce 2 mars. — Vous aurez peu de chose de moi encore aujourd'hui, mon cher ami ; un mercredy des Cendres, on est très fatigué des jours, gras, on est plus paresseux qu'à l'ordinaire. Nous avons bien chanté avec MM. Morellet, Garnier, Legrand, Desherbiers, elc. Madame A... aime beaucoup cette ancienne manière, qui en effet en vaut bien une autre.
Allons, portez-vous donc bien ; faut-il qu'à mon âge je donne l'exemple à la jeunesse ?
Mesdames les oies furent essayées hier avec succès. Ce sont de nouveaux remerciements que vous fait le ménage.
J'ai reçu Niort, dont le président, le préfet, fut jadis mon secrétaire au département de Paris. On dit que je vais être renommé par l'empereur membre de ce département de la Seine ; comme on voudra.
Je baise toujours la main blanche de madame Eléonore, en attendant mieux. — Allons travailler, mon ami, je vous lirai avec plaisir.
8 mars. — J'ai envoyé à Vigée votre feuille et l'extrait de votre lettre ; mais comme il dîne aujourd'hui chez moi, avec son amie mademoiselle Doligny, je ne pourrai vous transmettre sa réponse ou au moins son avis que par un autre courrier.
Je félicite madame Eléonore du succès de sa nourriture. Les fidèles ne vous oublient point, et nous parlons souvent de vous ; mais la guerre! mais mademoiselle Contât! tout cela occupe nos Parisiens! — Adieu.
12 avril. — Que voulez-vous que je vous mande? que l'empereur partira peut être ce soir, peut-être demain pour Strasbourg; voilà tout ce que je sais.
Je lis les Martyrs (les Martyr» ne parurent qu'en 1809; mais dès 1805, 1800, on lisait plusieurs chants de ce poème. — Voir Sainte-Beuve, élude sur Chateaubriand et lettre de Fontanes à Gueneau de Mussy, 1805) ; il y a de belles choses, mais bien de l'amphigouri. — Adieu.
284 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (mite et fin), CHAP. IV.
26 avril. — Vous avez reconnu mon exactitude; je n'ai plus rien à dire; oh ! je suis très exairt, et je ne le sui* à ce point qu'avec vous.
J'ai lu l>'s Martyr*, On y trouve tout le talent de l'auteur, et un mauvais système de composition; il arrivera que cet ouvrage sera lu et oublié.
On nous annonce une grande victoire sur les Autrichiens, dont les détails ne sont pas encore connus.
Mille remerciements de vos couplets: je n'en fais plus; et vive la paresse !
3 mai. — C'est un brave homme que le général Pille; un peu jacobin autrefois.
Le bon, l'excellent Malen va nous quitter; il part pour Strasbourg, où il est à la léle de la comptabilité de l'armée d'Allemagne.
Vous savez nos victoires: 50,000 prisonniers, 100 canons, 300 voitures d'approvisionnemenls. L'empereur Nap léon sera à Vienne dans ce mois; il y dictera les bases de la tranquillité définitive du continent. — Valete.
28 juin. — Millevoye vient d'échouer dans sa traduction des bucoliques. Tissot vaut mieux... son ami Campenon réussit; j'en suis fort aise; il est fort aimé... — Adieu.
12 juillet. — J'apprends la mort de mon pauvre frère ; il laisse beaucoup d'enfans et aucune fortune; c'est à moi à y pourvoir... ainsi va le monde... Nous avons passé le Danube ; on attend de grands événements politiques.
— Adieu.
23 août. — Nous avons la paix en Allemagne, mais les Anglais ont détruit Flessingue, et nous menacent de rassembler ici les gardes nationales.
— Vale.
2 novembre. — 11 me semble que j'ai été bien disert dans le dernier courrier. Aussi, aujourd'hui que je suis pressé par le tems, excusez ma brièveté.
L'empereur, qui partit de son château de Rambouillet dimanche matin, doit être à présent à Bnyonne; l'impératrice et la reine de Hollande, en son absence, sont mes voisines absolument; elles occupent l'Elysée (tftir.vf), au bout de ma rue, dans le faubourg Sainl-Honoré; cela rend mon quartier plus bruyant, voilà tout ce que j'y gagne.
Vigée vient manger des huîtres chez moi samedy ; je lui ai fait passer votre lettre ; mais je ne lui en paierai pas.
Nous souffrons toujours des dents, mais nos santés sont bonnes ; il faut bien en vieillissant attraper quelques préliminaires; ceux-ci sont douloureux, mais ne sont pas dangereux.
Madame Lléonore ne me fait plus rien dire. — Adieu, jaloux.
9 novembre. — L'empereur est en Espagne; vous allez le savoir plus tôt que nous.
Ce 12 novembre. — Voici, mon cher ami, le Mercure que je vous envoie, avec deux mots, suivant mon paresseux usage. Aussi bien vous n'avez pas le tems de me lire, le labourage se mêlant avec la littérature. Nous nous portons lous ici fort bien ; nous faisons le whist tous les soirs, après avoir un peu politique. \ ous savez par le Moniteur tout ce que je pourrois vous dire. Je vois très peu de monde, excepté à la poste, et puis nos vendredis qu sont toujours fort agtéables. L'abbé fil... a fait encore cette année une jolie chanson pour Charlotte.
Je suis parfaitement de votre avis sur Parny ei Berlin. Le premier n'a pas encore de successeur. J'ai remisa Cottart la seconde lettre sur l'objet du Moniteur, pour être jointe à la première. Nous allons peu au spectacle ; je ne vous en parlerai pas.
J'ai plaisanté ces jours-ci, chez l'archi-chancelier, le cardinal Maury, sur
ANSON ET LABOUISSE. 28o
son obligation de louer Target ; ii a été un peu embarrassé de mon compliment, mais il m'a assuré qu'il travaillait à son discours, et qu'il s'en tirerait comme il pourrait. Nous verrons ; je lui ai dit que je t'y attendais.
Je présente mon respect à madame de Labouïsse.
Madame A... n'écrit plus, mais elle vous remercie de vos obligeans souvenirs.
VIII. — Nous voici en 1808, et nous répétons que nous ne prendrons pas la peine de replacer les lettres à leur date absolument exacte, ces lettres intéressant, non par la chronologie, mais par le contenu.
11 mai 1808. — Je ne vous ai écrit que deux mots par le dernier Courier, mon cher ami ; à peine ai-je le tems de vous en écrire quatre aujourd'hui.
Nous ne savons pas encore qui sera roi d'Espagne. Ce ne sera sûrement pas Ferdinand ; le roi Charles ne se soucie pas, je crois, d'y retourner, non plus que le prince de la Paix. Nous verrons.
Nous nous portons bien, faites de même; nous ne pensons plus qu'à cela. Les saucissons ne sont point arrivés. — Bonjour.
25 mai. — Eh bien, mon ami, voilà toute la famille royale d'Espagne placée. Le roi, la reine, le prince de la Paix sont à Fontainebleau d'avanthier. La reine d'Etrurie arrive ces jours-ci avec son fils. Les princes sont à Valençay depuis huit jo'irs, chez le prince de Bénévent; il n'y a que deux filles du roi restées en Espagne avec leur oncle. — Amen.
J'ai lu avec plaisir vos rimailles: je ne me donne plus le plaisir d'en faire.
Toujours point de saucissons. — Adieu.
15 j 'in. — Vous avez beau faire, mon cher ami, je ne recevrai probablement point les saucissons; il faut s'en consoler.
C'est une mauvaise plaisanterie que cet exil de l'empereur Alexandre ; cela n'a pas le sens commun.
Vous ne voulez pas me donner des nouvelles d'Espagne, vous qui en êtes plus près que nous. Eh bien il n'y a pas de nouvelles à Paris. — On ne sait comment avoir du sucre, qui est encore à 3 fr. 10. Il y a un siècle que je n'ai vu Vigée ; il faut pourtant que je le prie pour ma fête qui sera brillante cette année; plusieurs chansons me sont annoncées par M. Morellct, Desherbiers, etc.
Nous aurons peut-être de très excellente musique.... Nous verrons. Je vous dirai tout cela. Nous nous amusons sans bruit entre nous; c'est le plus sur. — Adieu. Mille choses à la muette Eléonore.
24 août. — Je vous adresse toujours, mon cher ami, à Perpignan, comme vous le désirez, notre petite correspondance. Que vou3 dirai-je des nouvelles publiques? on ne met rien dans les journaux ; ainsi tout est incertain. On ne doute cependant point, ici, des tristes nouvelles d'Espagne. Vous allez en être plus près que nous, vous les saurez mieux ; c'est vous qui m'en direz ! J'imagine que vous aurez le tems de m'écrire. — Adieu.
7 septembre. — Je vous fais tous mes remerciements, mon cher ami, de a petite pièce de vers de M. Chaudruc, dont il m'avait parlé très humblement; elle est beaucoup trop obligeante, je ne fais plus de vers. Nous sommes occupés actuellement, madame Anson, Gamier et moi, de la traduction d'un roman anglois, dont nous possédons l'unique exemplaire, qui paroitra cel
28fi L'ARIEGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. IV.
hyver; c'est une singularité dans le genre de madame Radcliffe, mais chut !
J'ai ^crit à Perpignan, comme je crois vous l'avoir déjà mandé; tout vous reviendra. En attendant, voici une petite pacotille:
J'ai lu, dans un des derniers Moniteurs, un article signé de vous sur le P. Venance; je vous crois.
Je recevrai avec un grand plaisir votre petit nouveau volume. Ce que c'est (pic d'être jeune ! Oli ! j'en aurois été capable il y a 30 ans, mais alors la politique ne vouloit pas que je parusse être un homme de lettres.
L'ami Cottart vous écrira sur les deux ohjets dont vous l'avez chargé.
Mille choses, je vous prie, à l'aimable Eléonore. Mille baisers à vos enfants.
Je ne vous dis point de nouvelles: lisez le Moniteur et plaignez celte pauvre lvspasne. Nous sommes toujours fort peu occupas de politique ; nous rions avec Morellet, Pus, Garnier et même avec Volney, etc., et nous vous saluons en Apollon.
19 octobre 18U8. — Ma santé est meilleure, et madame A. se porte bien aussi, à ses dents près qui la tourmentent assez souvent.
Nous attendons aujourd'hui l'empereur; je n'ai point encore entendu le canon. — On le lire à l'instant...
Mille rernerciemens de vos marques d'amilié. J'en ai besoin : j'ai perdu cette année mes trois plus anciens amis: M. de Peborde, M. d'Ormesson et Soreau ; cela me dit que la vieillesse nous amène la solitude. Allons, cheminons, n'y pensons pas trop. — Adieu.
18 février (est-ce en 1809?) — J'ai fait l'envoi de mes pauvres ouvrages à M. de Villevieille. Je n'ai plus d'excuses, aussi me voilà à revoir Anncréon ; mais cela sera long, je vous en avertis. J'ai envie de faire faire une belle édilion par Didot, qu'en dites-vous ?
Le journal de l'Empire n'a fait que comprendre votre nom, avec celui de ceux dont il approuve les pièces, dans VAhnnnncli des muses.
Madame A. reçoit vos hommages et demande des nouvelles de votre bras. J'ai envoyé mes deux portraitures à mon frère (ici nous disons : Est ce avant 1807?); ne vous l'ai-je pas mandé?
Millin n'a pas le sens commun de vouloir qu'un poète soit traduit en prose. Il en faut sans doute de pareilles traductions, mais comme elles sont décolorées!... Je n'ai pu résister, moi, à la fantaisie de jelter sur le côté les traductions en prose d'Anacréon. Jugez ce que serait ma traduction, si elle eût été faite par un poète! Oui, j'ai vu Omuris, et madame A. aussi, avec plaisir. Il y a du talent dans plusieurs scènes, et un style louable. Nous attendons Pyrrhus, du vieux Le Hoc qui a 66 ans, et que je connais; c'est débuter un peu tard.
Hier, assemblée extraordinaire du Sénat; on dit qu'on y a reçu une espèce de compte rendu de l'empereur.
Montgoliier fut nommé, il y a quelques jours, de l'Institut.
Mes hommages à madame de Labouïsse. — Vale.
4 juin. — Comment voulez-vous que je vous écrive longuement? je suis tourmenté encore par mon catarrhe qui me donne bien de l'impatience.
Tenez, voilà nos nouvelles : demain on proclame le prince Louis roi de Batavie. On dit que Murât aura son tour pour la Suisse ou Helvétie. M. de Talleyrand est duc de liénévenl et vice-grand-électeur ; on lui donne incessamment un successeur aux affaires extérieures. Le cardinal Maury est à Paris, je dîne demain avec lui, etc.
10 décembre. — Encore un mot aujourd'hui ; vous me le pardonnez, cela est charmant. On attend une décision de l'empereur pour le cardinal Maury.
ANSON ET LABOUISSE. 287
Il faudra qu'il renonce au monseigneur; il a peut-être élevé la querelle pour se dispenser de louer Target. Au reste, il sera de l'Institut, comme Maret qui n'y est jamais venu...
Le prince Jérôme épousera-t-il la princesse de Saxe, qui a 24 ans, ou la fille de l'empereur, qui en a 15? Qu'en pense-ton à Saverdun?
Les vendredis sont suspendus par la maladie sérieuse du pauvre buveur Derny. Madame Anson, qui aime cette tranquillité pourrait bien ne donner aux académiciens que le premier vendiedi de chaque mois — ma bourse s'en accommoderait fort bien. — Au reste, je fais souvent mention de vous auprès d'une demi -douzaine de fidèles qui vont et viennent.
Mille respects à Eléonore. Mille amiliés.
16 décembre. — Soyez sûr qu'hier l'empereur présidait, à Milan, le Corps législatif; nous ne l'attendons qu'à la fin du mois. Vous savez, sans doute, que le royaume d'Étrurie est réuni à celui d'Italie, et que la reine et son fils vont régner en Portugal. — Adieu.
17 décembre. — Vous ne pourrez jamais, mon cher ami, me corriger de ma chère paresse. Volontiers un mot chaque semaine, mais tout dégingandé ; français ou non, ce mot peint fort bien mon vieux style actuel.
liien de nouveau en politique que les journaux ne vous aient dit. Les reflexions me fatiguent. Je suis tolérant, cela est plus commode. Ah ! Commodité c'est ma devise.
Allons, complétez donc ces douces académies. Quelle paresse dans le secrétariat de ces messieurs! je suis hien digne d'eux.
Je ne sais ce que vous voulez dire de ces paquets perdus; je parie qu'on les a adressés à Toulouse; informez-vous-en, M. l'académicien, qui cachez quelquefois votre résidence à Saverdun, et n'accusez pas notre exaclissime poste.
Me voici à la 3e page, qu'avez -vous à dire? C'est ici que je place mou hommage à madame Eléonore. M. mon frère vient ensuite (certes on n'est pas en 1809); c'est un bavard qui ne manque pas de facilité, mais il ne sait ce qu'il dit sur mon portrait, qu'il me demande.
J'ai une mauvaise plume, je la quitte, mais c'est en vous assurant du souvenir constant du ménage.
9 mam (est-ce en 1810?J — J'ai remis à M. Cottart votre lettre pour lui ; il doil vous répondre de son côté.
L'empereur part dans peu de jours pour le midy; irez- vous lui tirer votre révérence?
L'aventure de notre courier est malheureusement très vraie; il a été assassiné, ainsi que le postillon. Deux \o\ageurs ont trouvé le moyen de se sauver; mais, le plus extraordinaire, c'est que les deux assassins ont été trouvés morts à cent pas; il paraît qu'ils avaient bu de l'eau-de-vie et qu'ils ont été gelés.
J'ai lu tout ce que vous m'avez envoyé et l'ai fait passer à votre libraire.,. Je suis pressé par l'heure. Vous savez que l'abbé Morellel est législateur; il doit nous chanter, mardy, la chanson de 81 ans; il est étonnant. Vigée dîne ici aujourd'huy.
Mille respects pour madame Eléonore, et mille amiliés pour vous.
23 mars. — Voici, mon cher ami, deux lettres et un Mercure, et point de nouvelles. J'ai répondu à votre lettre du 8 ; je n'en ai point depuis. Ainsi mille amitiés — ma paresse ne peut aller plus loin. — Que dites- vous du sénatus-consulte, ou plutôt du décret de l'empereur sur les titres? Vous allez voir une liste de ducs — pas un du nom de famille. — Moi rien, je m'en con.«ole. — Adieu.
288 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [tuile et fin), CHAF. IV.
Le 27 mat. — M. et madame de Mauvoisin sont arrivés il y a quelques jours. Le bon Cottart est à leurs ordres. D'"jà ils veulent changer de logement ; il les aidera à cela et à toute antre chose.
Madame A. a de la peine à se remettre d'une trop forte saignée de sangsues; elle prend le lait d'anesse qui passe très bien.
Qu'est-ce que vous avez fait avec voire bras droit pour qu'il vous punisse ainsi ?
Depuis plus de huit jours nous avions des chaleurs d'été; le temps s'est un peu radouci, cela me va beaucoup mieux, la chaleur me fatigue.
Avez -voua enfin le long discours du cardinal Mnjry, et le moins long, mais moins bien écrit, de notre ami Sicard qui dîne ici après-demain ? Demain c'est Morellet. Je me ruine avec ces savans qui, au surplus, valent mieux que les g-ns de cour actuels qui ne dînent point chez moi.
L'impératrice, arrivée à la Malmaison il y a peu de jours avec la reine de Hollande, est actuellement à Sainl-Cloud, et la reine sur la route de Bajinéres. Elle n'a voulu voir personne ici à son passage ; elle est toujours 1res affligée. On dit que le roi ira la retrouver à Bagnères. Leur fils vient d'arriver au château de Laken, près Bruxelles. Vous voilà au courant. Quant à la paix, incertitude. Je n'ai plus qu'à offrir mon respect à l'inhumaine Eléonore. — Adieu.
IX. — Après avoir exposé les circonstances de la correspondance de M. de Labouïsse, il nous reste en second lieu à préciser les conclusions à tirer. Nous n'avions point à étudier à fond les lettres de notre moraliste, pour savoir s'il a écrit des lettres spirituelles, alertes, brillantes; si les épîtres étaient moulées ou pleines de laisser-aller, aiguisées ou sans apprêts, tracées au courant de la plume. Pour la portée de son esprit, elle est incontestable, car l'on a pu extraire, de ses livres et de ses lettres, un recueil de pensées choisies. Le critique ' qui s'est chargé du choix est peu tendre pour l'écrivain ariégeois , mais les pensée> recueillies témoignent tout à la fois de la finesse d'esprit de l'écrivain de Saverdun et du don d'observation personnelle qui le distinguait. On a beau lui reprocher d'avoir forcé son talent, de n'être pas plus La Bruyère2 que Tibulle, on ne l'a pas moins appelé « l'imitateur, le rival de Steele