Alfred Bougeard
2. Labouïsse a cependanl écrit quelaues pages un peu dans le goût de La Bruyère.
PENSÉES DE LABOUÏSSE. 289
et d'Addison1 ». Celui qui le chicanait sur ses facultés de poète et de moraliste, reconnaît le premier que « la nature l'avait mieux doué qu'il ne le pensait lui-même2 ». D'ailleurs on est nécessairement un moraliste, quand on trouve les pensées originales, sensées, qu'il a exprimées sur l'homme, sur la femme, l'amitié, les romans, l'anglomanie, la fortune, l'esprit et les sots. Qu'on en juge par quelques citations.
Défiez-vous d'une femme distraite ; c'est un lynx qui vous observe
Les sots font moins de sottises que les gans d'esprit, mais en revanche
ils en disent davantage.
Il est des gens qui semblent se réserver pour les grandes occasions; ils
n attendent celle de rendre des services importants que pour se dispenser de
ceux dont on a besoin tous les jours.
Un savant qui n'est que savant, n'a pas même le prix d'un dictionnaire.
L'ingrat dérobe ce qu'il reçoit; l'homme généreux semble recevoir ce qu il donne.
La richesse est le passeport de la sottise.
11 est trois grandes époques dans la vie : celle de la confiance où tous les hommes paraissent bons; celle de la défiance, où tous semblent méchants et celle de l'indulgence, où l'on reconnaît qu'ils ne sont que faibles.
Il n'y a pas de gens plus \ides que ceux qui sont pleins d'eux-mêmes
Pour un cœur tendre, trop de réflexion sur la résistance est une Drénaration à la défaite. F F
Il n'y a point d'amour ni d'amitié purement stériles... Ces deux sentiments ne peuvent être oisifs. Ils agissent ou n'existent point
Un sot a beau faire broder son habit, ce n'est jamais que l'habit d'un sot.
L'ambition est une perfide maîtresse; elle étouffe celui qui l'entretient
Le paresseux perd sa vie, l'homme laborieux la dépense.
Il est des médecins qui agissent sans délibérer ; c'est une atteinte à la
vie; il en est d'autres qui dél.bèrent sans agir, c'est une méditation sur la
mort .
L'amitié vit de déférences et d'attentions.
Quand on veut briller par des pensées singulières, rarement en écrit-on d'utiles.
Si tu crains d'être frappé de la foudre, éloigne-toi de Jupiter.
Les grands ont un avantage : c'est qu'avec peu de science, peu de sagesse peu de mérite, quelques-uns d'entre eux acquièrent une considération que la science, la sagesse et le mérite tout seuls ne peuvent procurer.
11 n'est rien de petit pour le cœur.
1. Le baron Trouvé, dans les Annales de la littérature, des arts etc. année 1826.
2. A. Bougeard, les Moralistes oubliés, p. 140; in-18, Helzel.
290 L'ARIEGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. IV.
Châtier avec emportement, ce n'est pas punir, c'est se venger.
Quelques grands sont si engoués de leur fortune et de leurs projets d'ambition, qu'ils n'ont le temps d'avoir ni ame ni esprit.
J'ai remarqué qu'on serait plus souvent heureux dans le mariage si l'on ne -craignait pas de le paraître.
Il est des personnes pour qui le sentiment n'est qu'un rêve de la tête.
Il en est des sots comme des femmes laides: plus ils veulent séparer, plus ils déplaisent.
Pour la jeunesse, le collège est le réceptacle de tous les vices; la maison paternelle celui de tous les défauts ' .
X. — Est-ce à dire, à propos des moralistes ariégeois, que nous voulions absoudre Labouïsse-Rochefort des griefs qu'une critique modérée a élevés contre lui? Nullement. Nous lui reprochons, tout le premier, de s'être trop adossé au poète Parny, dont le voisinage n'était point à rechercher; il se laissa flatter par les vers d'un homme sur le compte duquel il fermait trop les yeux dans sa jeunesse.
Votre muse heureuse et féconde Chante des amours sans regrets, Et d'Éléonore seconde2 J'ai félicité les attraits3.
Déjà, en 1828, un critique grave l'avait averti du blâme qu'il avait encouru par son penchant pour Parny : « Je regrette, lui écrivait ce haut dignitaire de l'Université, d'avoir trouvé, à côté de jolies poésies et de sujets gracieux, des passages que vous ne voudriez pas laisser lire à mademoiselle votre fille... Les poètes cèdent trop aisément au désir de tout publier; cette fois, vous n'avez pas