‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 207 sur 498 · PARTIE DÉFECTUEUSE · texte numérisé non relu

PARTIE DÉFECTUEUSE

été prudent, et je suis sûr que madame de Labouïsse vous a fait avant moi ce reproche1. » Mais si Labouïsse, au commencement de sa carrière, céda trop facilement au goût un peu libre de l'époque, toutefois, les écrits plus ou moins légers d'un jeune homme, après tout, honnête et moral, ne sauraient dénoter en lui ni des mœurs relâchées, ni un cœur disposé à se corrompre. L'auteur convenait de ses torts à cet égard et les blâmait même en public2.

Au chapitre précédent, en passant du genre dramatique aux romans, il n'a pas été nécessaire de rappeler ce qui est solidaire et ce qui ne l'est pas, entre l'art et les autres exigences qui s'imposent à l'individu et à la société. Comment oublier que la sensibilité esthétique ne témoigne pas nécessairement chez l'artiste, ni d'un grand esprit philosophique, ni d'une infaillible justesse de jugement et de goût, ni d'une probité qui défie la fragilité? « L'art ne repousse pas la science , dit Prôudhon ; il lui est défendu de se mettre en contradiction avec elle ; mais il ne l'attend pas, il la prévient par ses inspirations. Il en est de même du droit et de la morale ; il s'en faut de beaucoup que la puissance esthétique d'un poète, d'un artiste destiné à célé-

1. Lettre de M. Laurentie (6 juin 1828) à propos du Voyage à Saint-Léger de M. Labouïsse. — Dix-huit années après, M. Laurentie modifia ses sévérités, M. Labouïsse s'étant modifié lui-même : « Vous êtes un de nos maîtres, lui écrivait Laurentie. Nous vous suivons dans cette dure carrière des lettres. Nous parlerons de vous avec l'estime et le respect qui sont dus à votre talent, à votre caractère, à votre admirable fidélité. » (Lettre du 25 août 1846.)

2. Nous avons à dessein évité de parler de l'homme politique. Peut-être M. de Labouïsse aurait-il mieux fait, dans son ardent royalisme, de ne pas reproduire si aisément des calomnies contre ses adversaires — il ignorait sans doute que ce fussent des calomnies — et de ne pas se donner les airs d'intolérance qui distinguent les coteries. La Revue encyclopédique, d'août 1826, qui le lui reprocha, alla trop loin de son côté ; mais ce reproche était en partie fondé.

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brer les grands hommes soit une garantie de la fermeté de sa conscience et un certificat de sa moralité. Je pourrais citer des exemples de vertu sévère parmi nos plus éminents artistes; malgré cela, il n'est que trop vrai que les poursuivants de l'idéal, artistes ou non de profession, sont les plus fragiles des humains. » Aussi croyons-nous que la critique doit demander des comptes à Labouïsse et improuver quelques légers écarts.

Cette réserve faite avec une juste sévérité, les goûts littéraires de Labouïsse-Rochefort n'auraient pas admis la thèse de quelques modernes concluant à l'abolition de tous les usages universitaires, à une refonte totale du plan d'études, à la suppression des langues mortes, du latin, du grec; il n'aurait guère compris les programmes demandant peu de français, une sommaire instruction appropriée aux besoins de la société moderne. Orthographe, philosophie, à quoi bon? L'histoire elle-même prend trop de temps. La géographie, à la bonne heure ! L'éducation nouvelle devrait porter sur la géographie, qui nous met en communication avec l'univers, et nous fait vraiment ce que nous devons être dans le siècle de l'électricité et de la vapeur. On ne peut douter que Labouïsse-Rochefort, aussi bien que Lakanal, eût jugé insuffisant un programme d'études réduit à la géographie, à quelques langues vivantes, avec un peu de sciences mathématiques et physiques. L'enseignement n'est pas si simple que cela, il ne se réduit pas à une pure question de latin. Selon qu'on se jette dans un plan d'études ou dans un autre, l'inscription à mettre au front de l'humanité doit différer d'une manière totale. Si l'on donne une préférence exclusive à la géographie, aux sciences mathématiques et physiques, n'est-ce pas encourager la tendance à ne voir dans l'homme qu'un être borné aune petite motte de terre ? Le système contraire n'a pas seulement pour

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