‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 208 sur 498 · DERNIER MOT SUR LABOUISSE · texte numérisé non relu

DERNIER MOT SUR LABOUISSE

but de faire aimer Cicéron, Homère, Virgile et Tite-Live; il voit dans l'homme un noble esprit, un être moral, et c'est là, au fond, sa raison d'être.

XI. — Mais, pour rester dans les bornes de notre chapitre , il ne faut point perdre de vue la conclusion qui résulte de la correspondance littéraire dont Labouïsse- Rochefort1 était le centre et l'inspirateur. Ce procédé négatif, par lequel nous avons donné les réponses aux lettres de Labouïsse-Rochefort sans «es lettres elles-mêmes, ne prouve-t-il pas que le mari d'Éléonore était un grand conseiller, un arbitre du goût ? Pourquoi des hommes de l'Académie, qui lui étaient supérieurs, avaient -ils cependant recours à son opinion ? C'est sans doute parce que l'écrivain de Saverdun, dont l'action s'étendait sur bien des points, était au fond une puissance en son genre2. Labouïsse- Rochefort ayant exercé une influence comme moraliste et comme homme de lettres, doit vivre, dans la mémoire de FAriège et de la France.

Un satirique de l'école nouvelle, parlant de l'auteur d'un roman intitulé La Course à la mort, disait : « Qu'a-t-il besoin de courir à la mort? // existe si peu ! ». Pour nous, peut-être pourrons-nous légitimement nous plaindre qu'un homme investi, dans son temps, d'une sorte de magistrature littéraire, comme Auguste de Labouïsse-Rochefort, existe

1. On a publié la correspondance de madame de Rémusat, de madame Récamier, relative à l'époque du Consulat, de l'Empire et de la Restauration; les mémoires de madame d'Abrantès, les volumes de M. Beugnot» les confidences de M. Villemain. — Peut-être publierons-nous la correspondance de Labouïsse-Rochefort, si nous en avons le temps et si nous la jugeons intéressante.

2. Le baron Trouvé disait quelque part : « Lab.-Rochefort a des portraits agréables ou malins, des critiques morales, littéraires qui prouvent autant de goût que d'esprit. »

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si peu lui aussi de nos jours. L'on ne s'explique pas que les hommes qui veillent à l'histoire de notre littérature nationale n'aient pas gardé plus de mémoire des talents du poète de Saverdun, qui fut un caractère. Cependant, les contemporains n'avertirent-ils point le public de cette plume si féconde et si gracieuse? Jean-François Ducis, de l'Académie française, goûtait Labouïsse-Rochefort : « Parmi Jes poésies fugitives que j'ai lues, il y en a peu qui m'aient fait autant de plaisir que les vôtres. Elles se font naturellement remarquer. J'ai reconnu dans vos productions votre talent et votre âge, qui se passionne pour tous les genres de gloire. Dans la carrière des lettres et de la fortune, il faut avoir trop pour avoir assez1. » Quelques jours avant, Sabatier, de Castres, lui avait exprimé la même estime intellectuelle, après la lecture de ses productions : « C'est vous annoncer, monsieur, que je me ferai un vrai plaisir de vous donner une place honorable dans la septième édition des Trois siècles littéraires. On peut vous louer, en ne faisant que vous rendre justice. Le chapitre vin de vos Pensées m'a beaucoup plu; et, si toutes étaient tournées comme celles du sixième, vous seriez classique ; c'est la manière substantielle de Pascal2, » etc. Il semble que les juges s'étaient donné le mot ; l'auteur de la tragédie de Charles IX, Marie -Joseph Chénier , lui répétait presque les mêmes assertions une quinzaine de jours après. Il avait lu avec beaucoup de plaisir ses poésies « et surtout ses Pensées, parmi lesquelles, disait-il, il s'en trouve, à mon gré, plusieurs d'ingénieuses, et quelques-unes qui ont le mérite assez rare d'être originales 3, » etc.

Partout les mêmes appréciations. Kérivalant, ce littéra-

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