‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 215 sur 498 · X. Peyrat, Histoire des Albigeois, t. I, p · texte numérisé non relu

X. Peyrat, Histoire des Albigeois, t. I, p

2. Il nous semble que, dans ce sujet, M. B. Haureau déplace la question. Il radie (dans son Bernard Délicieux, p. 17) ceux qui ne regardaient pas comme catholique une secte qui, évidemment, s'éloignait de la conception reçue sur les dogmes de Dieu, de la création, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, etc, etc. « Les plus subtils des Albigeois exprimaient des doutes sur la présence réelle. Des doutes sur ce que l'Église enseigne! un chrétien a-t-il le droit de douter? Des doutes! l'engagement du baptême n'est-il pas l'abdication complète de la raison personnelle? »

Toujours des malentendus ! Et M. Haureau croit-il que l'Église catholique puisse et veuille empêcher le doute, en tant que phénomène passif en nous? Quand il y a doute sur quoi que ce soit, c'est qu'une vision intellectuelle s'est imposée d'elle-même. Et, du moment que l'on doute de

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Les historiens et les polémistes catholiques, abordant ce qui faisait la singularité des doctrines cathares prises dans le détail dogmatique, ne manquaient pas, tout en rendant hommage à la valeur guerrière des chevaliers, barons et comtes du pays de Foix, d'accuser dans leurs théogonies, dans leurs affirmations théologiques et mystiques, un grain d'excentricité et de singularité qui ne pouvait rester à l'état inoffensif. Selon eux, l'opposition, la querelle dans laquelle s'étaient jetés les comtes de Foix, pouvait coûter cher à la société d'alors , à l'harmonie nationale, à la sécurité des intelligences. Cet amour de nouveautés venait mettre les montagnes sens dessus dessous.

On ne voyait d'abord qu'un mouvement fort innocent, l'instinct de liberté, et des idées de tolérance pour des manières de voir, pour des rêveries métaphysiques qui s'emparaient du Languedoc au treizième siècle. Mais que pouvait, au fond, signifier cette chaude agitation qui se fit au pied des Pyrénées, et que résulterait-il de l'exemple donné par les grandes familles de Foix ? Ce milieu agité de mille passions diverses, où avait été élevé Raymond-Roger, n'était-il pas malsain ? Que chacun soit libre dans sa conscience et dans sa religion, qu'à ses risques et périls il se forge à lui-même des idées sur les questions d'origine, de destinée, de révélation divine, de responsabilité personnelle, admettons-le tant que ce travail personnel se renferme dans l'enceinte des élucubrations individuelles. Mais n'y a-t-il pas une différence immense lorsque, à côté d'un dépôt de croyances que les générations

l'Église et qu'on adhère positivement ù ce doute, n'y a-t-il pas un lien qui se rompt? Mais il est visible qu'il serait absurde et contradictoire d'admettre tout à la fois et de mettre en doute l'autorité de l'Église, dans les formules qu'elle transmet et propose.

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