RAISON DE REPOUSSER LES ALBIGEOIS
ont toujours révéré comme divin et obligatoire , des hommes, sans autre mandat que leur singularité, veulent inculquer aux foules leurs théories fantaisistes ? Les Albigeois formulaient, au milieu des populations catholiques, des assertions manichéennes ; les hommes de la critique catholique leur reprochaient d'attribuer la création de cet univers au dieu des ténèbres, de forger un système bizarre de rédemption de l'humanité, d'ériger en théorie morale des systèmes qui pouvaient mener fort loin. N'y avait-il pas cette distinction des simples croyants et des parfaits qui ouvrait la porte à des interprétations bizarres, et consacrait des perspectives très élastiques de latitudinarisme 1 ?
On accordera que ces polémiques, qu'épuisèrent les agitateurs ariégeois, favorisaient en tout cas les équivoques, créaient de ces facilités, de ces molles sécurités que les modernes flagelleraient avec les mots de « dévotion aisée » , de « moralejrelâchée ». Quelques apologistes demanderaient ce que devenait la famille avec les derniers Cathares, avec leurs maximes sur le célibat et le mariage. Ils signalèrent les conséquences qu'aurait sur l'esprit public la prédominance d'une secte qui n'écartait pas assez la sombre image du fatalisme planant sur les activités terrestres, dans un monde considéré comme l'œuvre exclusive du génie malfaisant 2.
1. Tandis que les uns suivaient un ascétisme des plus sévères, les simples croyants jouissaient de grandes libertés, de trop de libertés. On prétend même que le désordre proprement dit était toléré, pourvu que le simple croyant contractât la solennelle promesse de se faire admettre plus tard dans la classe supérieure des parfaits.
Ils retardaient quelquefois jusqu'à la mort ce qu'ils appelaient le consolamentum; et alors, une fois consacrés, ils se soumettaient à Y endura, c'est-à-dire qu'ils ne prenaient plus aucun remède, aucun aliment, pour faire aussi promptement que possible une bonne fin. On voyait des enfants, des parents, mettre les parents, les enfants en endura, pour hâter leur bonne fin.
2. Les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. VI,
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Le respect de? consciences est une sainte disposition. Mais l'histoire ne doit-elle pas constater tout ce qu'avait d'intempestif le mouvement albigeois, lorsque, au treizième siècle, dans le Midi et dans les Pyrénées ariégeoises, ce qui fermentait n'était qu'un détritus de mille symboles religieux? Ce moi albigeois pouvait servir à dissimuler des ariens, des panthéistes, presque des musulmans, car les historiens, en dehors des catholiques, confessent bien que les trois occupations successives, romaine, visigothe et sarrasine, avaient déposé dans le Midi des Gaules une semence singulièrement diverse d'idées et de doctrines.
IY. — Cent ans après, dans les premières heures du quatorzième siècle, à l'aurore du monde moderne, apparaît un polémiste, qui représenta les intérêts méridionaux devant le roi de France, et qui eut à les soutenir par sa dialectique et son éloquence, c'est le premier évêque de Pamiers, Bernard de Saisset ; et avec lui nous abordons l'éloquence ecclésiastique proprement dite. Bernard de Saisset-Cortin 1 sera pour nous un des précurseurs des polémistes ecclésiastiques de l'Ariège, le premier, après l'albigéisme, qui mérite une place à part. Du reste c'est une figure qui appartient à l'histoire générale de la France. Rarement on rencontra un plus viril caractère ; mais peutêtre la fougue l'entraîna-t-elle quelquefois au delà des
p. 101, contiennent des documents inédits sur l'hérésie des Albigeois, par M.Belhomme, où se lisent quelques particularités curieuses. L'auteur rapporte quelques détails fournis par un Guillaume Carrière, habitant de Lavelanet, qui avait été affilié à l'hérésie, ei avait fait un séjour à Montségur. Leurs manières de vninrer. comme disaienl ces hérétiques, étaient assez originales.
1. Quelques auteurs l'ont nommé Etienne Paisseli, taudis que d'autres l'appellent Bernard de Saisset de Saint-Agne. 11 était ami du roi d'Aragon, si bien qu'il se chargea de demander la fille de ce roi pour le fds du comte de Foix.