BERNARD DE SAISSET
bornes que la sagesse aurait dû faire respecter. Mais n'anticipons pas.
Bernard de Saisset, d'origine aragonaise \ mais implanté depuis longtemps de ce côté-ci des Pyrénées, homme d'un grand savoir, très courageux par tempérament, était chancelier de l'église de Toulouse, lorsque les chanoines du monastère de Saint-Antonin, de Pamiers, le nommèrent abbé par une résolution unanime. C'était vers 1268. 11 fallait une main ferme à la tête de l'administration, la lutte se trouvant engagée entre le 'comte de Foix Roger- Bernard, qui prétendait exercer sur la ville de Pamiers ses droits de seigneurie, et d'autre part les consuls, l'université et l'abbaye qui ne reconnaissaient le comte ni comme paréagiste, ni comme ayant un droit quelconque dans la juridiction. C'est parce que la lutte menaçait de devenir plus violente, qu'on appela Bernard de Saisset dont le caractère était connu, et que le chroniqueur Armand Squerrer, de Miglos appelait « homme lettrut et couratchut ».
Bernard de Saisset, abbé de Saint-Antonin pendant vingt-neuf ans, et à ce titre seigneur et souverain du pays de Pamiers, de 1268 à 1297, devint le premier évêque de Pamiers quand l'abbaye fut érigée en évêché, et occupa ce siège épiscopal dix-sept ans, de 1297 à 1314, année de sa mort, — mais quelle vie ! Diversement apprécié par les
1. Un historien donne ses origines comme il suit : « Ramon VII, comte de Toulouse, ne pouvant épouser une princesse, avait eu, d'une maîtresse obscure une fille illégitime nommée Guilhelmetta. Le comte la donna pour femme au fils de Ramon de Recauld, son précepteur chevaleresque, du .Mas Saintes-Puelles. Une fille de Metta entra dans la maison de Saisset (de Saxeto, du petit Rocher), probablement de F Albigeois, et fut mère de Bernard de Saisset, abbé de Saint-Antonin et premier évêque de Pamiers. Bernard, des deux côtés, était donc de race hérétique, et petit-fils du prince martyr de la cause cathare et romane. Les maisons albigeoises rentrèrent dans l'Église catholique et aspirèrent aux dignités sacerdotales. » (X. Peyrat, Histoire des Albigeois, t. III, p. 216.)
308 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin) , CHAP. V.
historiens au même titre que des courants de critique historique contradictoire existent sur le Compte du pape Boniface VIII, dont il était l'ami et le bras1, notre évoque des Pyrénées aiïégeoises, institué en 1298, fut incontestablement voué à une existence toute de lutte et de polémique, soit comme abbé, soit comme évèque 2.
On ne sait point assez combien l'organisation féodale favorisait les malentendus, créait des complications dans les pays où diverses juridictions, juxtaposées dans des enclaves, devaient fonctionner simultanément. Que devait-il advenir lorsqu'on avait des comtes brouillons et des abbés pétulants ou maladroits ? Le comte de Foix, Roger Bernard III, et l'abbé de Saisset luttèrent sans cesse, et il y eut de part et d'autre de ces procédés trop* prompts, de ces démarches agressives qui ne firent qu'envenimer des griefs insignifiants à l'origine3.
Jl fallut de l'énergie pour tenir tête au comte de Foix, qui employait, entre autres arguments, l'irruption de ses agents recommençant dans les campagnes leurs exactions et leurs rapines. Mais la situation ne sembla pas s'améliorer dans les premiers temps après la mort de Philippe le Hardi ; car son successeur, Philippe le Bel, prit parti comme
1. Fleury, Histoire universelle de l'Église, t. XI et XII et J. Jolly, Philippe le Bel, p. 166, parlent de Bernard de Saisset, tout autrement que Mary Lafon, Michelet, Castillon d'Aspet, Ourgaud.
2. Tout d'abord Philippe le Bel refusa son agrément à la nomination de Bernard de Saisset comme évèque; si bien que Louis, fils de Charles le Boiteux, roi de Sicile et cousin du roi de France, étant alors évèque de Toulouse, posséda en même temps, de l'agrément du pape, l'évêché de Pamiers, qu'il gouverna pendant trois ans seulement, étant mort au bout de ce temps en odeur de sainteté.
Ainsi Bernard de Saisset fut le premier évèque nomme de Pamiers, et saint Louis de Sicile en fut le premier évèque i?tstitué.
3. On trouvera, à cet égard, de nombreux détails dans les archives de la ville de Pamiers, dans les archives de la cathédrale de la même ville, et surtout dans les nombreux volumes du [fonds de Camps, aux manuscrits de la Bibliothèque nationale.