‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 218 sur 498 · BERNARD DE SAISSET ET PHILIPPE LE BEI · texte numérisé non relu

BERNARD DE SAISSET ET PHILIPPE LE BEI

adversaire de Bernard de Saisset, Dès 1293, les dissidences devinrent des plus violentes, à l'occasion du paréage de Pamiers, que le roi concédait au comte de Foix, parce que Pamiers trouvait cette concession exorbitante, contre les droits de l'abbaye'. Les débats de Bernard de Saisset avec le roi de France sont mémorables. Ils sont rapportés avec quelques variétés de nuances par les historiens ; mais à quelque point de vue que Ton se place, si l'on peut discuter et contester l'habileté du tacticien, élever des doutes sur son esprit de modération, on ne pourra s'empêcher de reconnaître, dans cet évêque pyrénéen du treizième et du commencement du quatorzième siècle, une étonnante force de caractère, une remarquable intrépidité ; il se montra l'un des plus vaillants défenseurs du pape Boniface VIII, contre lequel la cour de France soutenait une lutte acharnée 2.

Qui n'aurait tremblé devant un Philippe le Bel, si altier et si jaloux de sa prérogative royale? Qui n'aurait redouté

1. Guy de Lévis, seigneur de Mirepoix, fut assez heureux pour rétablir la paix. Ayant été choisi pour arbitre, il rétablit l'ancien paréage en faveur des comtes de Foix, et leur confia la garde du château, des forteresses et de la ville de Pamiers ; celle d'une tour nouvellement construite par Roger-Bernard fut confiée aux évêques. 11 fut de même convenu qu'il y aurait à Pamiers un gouverneur, un viguier et juge, communs à l' évêque et au comte; que celui-ci ferait à l'évêque hommage de la partie qu'il possédait, et qu'il lui payerait, en outre un capital dont l'importance fut déterminée. Cet arrangement conclu, le comte reçut l'absolution de l'excommunication qu'il avait encourue, et les troubles cessèrent.

2. M. François Combes, de la Faculté des lettres de Bordeaux, publia, en 1858, une étude en langue latine sur les démêlés de Bernard de Saisset et de Roger-Bernard III, comte de Foix. Le docte professeur constate que le pape Boniface VIII, célèbre dans toute l'Europe, eut en grande considération Bernard de Saisset; il reconnaît lui-même les hautes qualités du premier évêque de Pamiers : Subtile ingenium habebat, maturus jarn fvat œvi atque animi, mentisque suse robur firmaverat juris canonici studio... Locum egregium, in annalibus ecclesiasticis, obtinuit juxta hos omnes strenuos pontifices aut episcopos, qui sive in Angliâ, sive in Italiâ, pro suse aut universse Ecclesise privilegiis contra laicam potestatem conflictati sunt, neque igitur ignobilis vir, tune temporis, pertransiit. (De contentionibus Bernardi Saissetti primi Appamiarum episcopi cum Rogerio-Bernardo tertio. — Parisiis. 1858, p. 6, 15, 45, 46.)

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des conseillers comme ceux qui l'entouraient, un chevalier de Flottes, un Nogaret, de la race de ces hommes dangereux qui environnent quelquefois les chefs des États pour fausser leurs idées et les pousser aux résolutions extrêmes? Or, du moment que le pape Boniface VIII chargeait Bernard de Saisset de remplir une mission en son nom auprès de Philippe le Bel, qu'allait-il advenir, sinon des événements que, dans nos mœurs actuelles, nous avons peine à comprendre ? La mission était délicate et périlleuse, car Bernard de Saissetavait pour mandat de rappeler au roi sa promesse d'aller à la croisade, et de le sommer de mettre en liberté le comte de Flandre, Guy de Dompierre, et sa fille, qu'une perfidie avait mis entre ses mains.

N'était-ce point parler hardiment, même au point de vue de notre époque démocratique? L'évêque, voyant la résistance du roi, loin de modérer sa pression, menaça de jeter l'interdit sur tout le royaume et même l'excommunication sur la personne du roi.

On ne parlait pas impunément de la sorte à Philippe le Bel. Les échanges de paroles et les faits qui allaient suivre, tout prit un caractère tragique. — « Évêque », lui dit le roi, « tu es mon homme pour le fief de Pamiers, et je puis te traduire en ma cour. » — « Je t'en défie », lui répondit l'évêque, « car je ne suis pas sujet du roi; ma ville de Pamiers n'est point dans le royaume de France, et je ne reconnais que le pape. Prends garde, Philippe , que la conduite que tu tiens envers Boniface ne t'attire les plus exemplaires châtiments, et que tune sois frappé d'anathème et d'excommunication ! »

11 devait sortir de là des exaspérations terribles. Philippe le Bel fit instruire brutalement une procédure contre le légat, et lui intenta un des procès les plus curieux qui soient dans nos fastes.

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