SAISSET ET LES HISTORIENS
Les historiens qui prennent les événements au sérieux, disent qu'en allant au fond de cette procédure, il n'y éclate clairement que deux faits, l'impopularité du gouvernement français dans le pays méridional et Ja passion haineuse de Philippe '. D'autres aiment mieux recueillir les cancans de l'époque, et mêler à leur récit une pointe de persiflage, et ils s'empressent de mentionner tous les on-dit. Après avoir rapporté que Bernard de Saisset était désigné au roi, par Tévêque de Toulouse, comme l'auteur d'un vaste complot qui eût enlevé tout le Midi aux Français; après avoir rappelé que Saisset appartenait à la famille des anciens vicomtes de Toulouse; qu'il était l'ami de tous les hommes distingués, de toute la noblesse municipale de cette grande cité ; après avoir insinué qu'il rêvait la fondation d'un royaume du Languedoc, au profit du comte de Foix'2 et du comte de Comminges, qui descendaient des Raymond de Toulouse, ces historiens recherchent les beaux mots de Bernard de Saisset et ceux de ses adversaires. Philippe le Bel avait raillé la puissance pontificale, en l'appelant «. suprême fatuité » , et le légat aurait répliqué en menaçant le roi de le traiter « comme un petit garçon, sicut unum garcionem ». Le comte de Comminges, en entendant l'évêque de Pamiers proposer ses idées séparatistes, aurait dit en se signant : « Ce Saisset est un diable, plutôt qu'un homme3 ».
On attribuait, à Saisset des mots piquants contre le roi : « Votre roi de France, disait-il, est un faux-monnayeur 4.