‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 222 sur 498 · Ibid, p · texte numérisé non relu

Ibid, p

4. Le roi fit enlever Bernard de Saisset , qui comparut à Senlis , le 24 octobre 1301, dans l'abbaye de Sainl-Vincent, devant un parlement composé de l'archevêque de Narbonne, des évêques de Maguelone et de Bézicrs, et de plusieurs comtes, barons, clercs, religieux et autres personnages. Les témoins confirmèrent l'acte d'accusation. Le comte de Foiv, dit-on, répéta mot pour mot tout ce qu'on reprochait à l'évêque, et insista principalement sur ce fait que le royaume de France devait finir, selon la prédiction de saint Louis, par un Philippe. Les gens du roi eurent l'air d'exciter une sédition pour s'emparer de l'accusé, sous prétexte de le dérober à la fureur du peuple.

Après avoir examiné de près les monuments historiques et les historiens, on demeure convaincu que, si Bernard de Saisset prête le flanc aux modernes qui ont dit de lui : « Caractère difficile, hautain, insolent, passionné,

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Dans les années 1301 et 1302, Bernard de Saisset, s'étant donc de nouveau brouillé avec Philippe le Bel, à l'occasion de la légation dont il avait été chargé auprès de lui par le pape, le roi avait fait saisir son temporel et l'avait banni de la France. Jl fut cependant rappelé en 1309, obtint son pardon, ainsi que la levée de la saisie de ses biens, et finit ses jours dans le calme et le repos, universellement regretté du clergé et de ses fidèles.

Du reste, si Bernard de Saisset prit en main, avec Tardeur que l'on sait, la cause papale l, il ne faut point oublier que, malgré les refroidissements qui se faisaient sentir en Europe, la foi était grande encore en l'an 1300, et que la papauté, quelque vieillie déjà qu'on l'ait quelquefois présentée à cette époque, apparaissait encore comme l'arbitre du monde. Boniface YIII avait été appelé à juger entre la France et l'Angleterre, entre l'Angleterre etTÉcosse, entre Naples et l'Aragon, entre les empereurs Adolphe de Nassau et Albert d'Autriche 2. L'évéque de Pamiers ne pouvait-il pas, sans infatuation ou témérité, épouser la cause du pape? Ne voyait-il point l'inconvenante exagération à parler d' « outrecuidance pontificale » ?

Toutefois, Bernard de Saisset eut-il une exacte intuition de l'esprit de son temps? Se rendit-il bien compte du

irascible et disposé à ne rien dissimuler de ce que les circonstances lui inspiraient d'injurieux et de violent envers le roi » (.1. Jolly, Philippe le Bel, p. 167), de son côté, Philippe le Bel n'est pas chargé, quand les historiens disent de lui : « Prince avide, durement obstiné, hautain, tyrannique, sans respect du droit » (Guizot, Histoire de la civilisation enFrance, 1. 111, chap. xv), « imposant une monnaie déloyale, diminuée de valeur par la falsification » (J. Jolly, iBid. p. 420), « usant contre Bernard de Saisset d'une violence de procédure que Guizot a appelée « un modèle d'iniquité et de violence » (Roschach, Faix ci Comminges^ p. 121).

1. Un parle ici, il va sans dire, de la prépondérance de la papauté' dans les affaires temporelles de l'Europe; sa prépondérance spirituelle ne saurait être mise en question.

2. Voir notamment Michelet, Histoire de France (in-12), t. III, p. 272.

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