LE P. EDMOND AUGER
chemin qu'avaient fait les idées depuis cent ans? Ne se fît-il pas des illusions sur la conception des rapports du pouvoir temporel des papes avec les souverains de l'Europe1, telle que la comportèrent les années 1301 et 1302? Déploya-t-il dans sa polémique les habiletés diplomatiques d'un lutteur complet ? On en peut douter. Des historiens catholiques lui ont reproché de la maladresse2. D'autres historiens, comme Henri Martin, ont reconnu que le gouvernement de son adversaire, Philippe le Bel, était un « gouvernement tortueux, obscur et fourbe 3 ». On estime, en effet, que le flegme et la ruse finissent généralement par triompher de la fougue, de l'emportement des tempéraments sanguins et violents.
VI. — Le P. Edmond Auger. — En nous transportant du treizième siècle au milieu du seizième, nous nous arrêtons à un seul prédicateur, parce que c'est le seul dont il soit resté des traces importantes, le P. Edmond Auger, dont le célèbre Espagnol, saint Ignace, avait remarqué l'intelligence. Ce religieux fut envoyé à Pamiers, immédiatement après les troubles occasionnés par l'introduction du protestantisme ; il fit ses débuts oratoires dans le pays de Foix, et on doit le citer ici parce qu'il devint un des plus grands prédicateurs de son temps. Il possédait tellement cette puissance de la parole, qu'il soulevait à son gré les multitudes. Lorsqu'il fut surpris à Valence par le baron
1. M. de Lahondès, en reconnaissant que Bernard de Saisset « eut la gloire d'aider Boniface VIII, dans ses efforts pour défendre les grandes institutions qui avaient donné l'éclat et la force aux siècles précédents », ajoute que, la puissance et l'unité de l'État étant bien constituées, l'ancienne tutelle de la papauté sur les royaumes n'avait plus la même opportunité. [Annales de Pamiers, 1. 1, p. 109 et 111).
2. M. Pé-dé-Arros, Précis de l'histoire du moyen âge, p. 496 : « Bernard, dit-il, maladroit messager... »