LES PRÉDICATEURS DU SEIZIEME SIECLE
la confusion du spirituel et du temporel, puisqu'il les sépara et les replaça dans leur hiérarchie. Mais la tendance des revendications darwiniennes des matérialistes modernes est de refondre et confondre ensemble ce que le christianisme avait séparé, et de paraître marcher à l'unité et à la simplification en absorbant l'élément religieux ou spirituel, pour ne voir que l'élément matériel. Arrière alors le divin ! Aussi, plus les sociétés s'éloignent des temps de ferveur religieuse et de foi, plus elles inclinent à élaguer le divin, partout où il rencontre l'activité humaine. Déjà dès les premiers siècles, les hérétiques ariens avaient leur manière de séculariser et de laïciser, puisqu'ils trouvaient trop de divin dans la personne de Jésus-Christ et n'aspiraient qu'à le diminuer.
Les Albigeois du treizième siècle avaient été, à leur tour, importunés par la prédominance de l'élément divin dans les sociétés civiles. Les seigneurs féodaux du Midi travaillèrent à revendiquer pour eux ce qui passait aux mains ecclésiastiques. Mais les Grecs leur avaient déjà montré le chemin ; s'attachant à ôter du front du pape le caractère que la vénération des siècles a mêlé à l'auréole de sa suprématie spirituelle, ils en reportèrent le prestige à un chef d'État. Aussi, quand vint la réforme du seizième siècle, vit-on avec quelle avidité les princes d'Allemagne et d'Angleterre se pressèrent d'arrondir leurs prérogatives temporelles et empiétèrent sur les consciences, en proportion de tout ce qui gisait par terre de l'élément divin, attaché jusque-là à la puissance de Rome. Si le P. Edmond Auger avait été prophète, il aurait prédit, en vertu de sa logique, la fièvre de sécularisation qui gagnerait la fin du dix-huitième siècle, et l'évolution darwinienne du dix-neuvième siècle qui, sous la pression excessive des commentateurs du transformisme, a donné le dernier mot, la dernière
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tentative d'expulsion terrestre du divin, qui se nomme scepticisme absolu , nihilisme , athéisme , laïcisation à outrance, anarchisme fantaisiste dans toute organisation sociale, économique et politique.
Il fallait cependant que quelqu'un, au seizième siècle, fit entrevoir ces conséquences extrêmes du procédé protestant. La présence du père Edmond et de ses compagnons à Pamiers n'avait pas d'autre raison d'être. Il commença, dès 1560, à fournir cette longue carrière de carêmes qui ne se termina qu'avec sa vie. Après 1562, Ici position ne fut plus tenable à Pamiers, à cause des luttes terribles entre catholiques et huguenots. Le père- Edmond, ayant quitté notre cité, alla fonder les collèges de Lyon, de Toulouse et de Bordeaux, prêcha à la cour, fut attaché au duc d'Anjou, et devint son confesseur et son prédicateur ordinaire, lorsque ce prince fut devenu roi sous le nom de Henri III1.
YIÏ. — Et qu'on ne s'étonne pas que nous ayons reproduit si peu de noms d'orateurs sacrés entre la naissance du comté de Foix et le seizième siècle. Incontestablement les religieux prémontrés de Combelongue , ceux de Saint- Antonin, du Mas-d'Azil ou de Lézat durent ressentir cette sève nouvelle qui suscita, après le onzième siècle, des légions de prédicateurs.
On a écrit sur la renaissance de la chaire française au douzième siècle2; et, comme dans ces temps, ni la passion religieuse du peuple, ni les moines ne manquèrent dans les Pyrénées, il est à présumer que le pays de Foix entendit
1. Attaqué à la fois par les huguenots et par les ligueurs, il demanda à rentrer à Rome. Il mourut à Cùme, en Lombardie, en 1591. (Éphémérides de Pamiers, 19 janvier 1591.)
2. M. Lecoq de la Marche, La chaire française au moyen âge. — L'abbé Bcurgain, La chaire française au douzième siècle.