LANGUE ROMANE EN CHAIRE
des homélies et des sermons, tantôt en langue latine, tantôt en langue romane. N'avait-on pas ouï saint Bernard lui-même prêchait aux environs de Toulouse, bien que ce grand homme eût éprouvé un échec momentané clans notre Midi? Nous nous refusons à croire qu'il ne se soit point rencontré dans cette zone aquitanique quelque Raoul Ardent, quelque Geoffroy Babion, quelque Flugues de Saint- Victor pour raviver l'apostolat, prêcher l'Évangile, gourmander les vices, persuader les vertus chrétiennes. Et les prémontrés, et leur fondateur, le grand prêcheur saint Norbert, n'avaient-ils aucune influence? Et saint Dominique, à qui l'on devait proposer l'évêché de Couserans1?
En tout état de cause, si l'on ne mentionne aucun prédicateur renommé du quatorzième au seizième siècle, il n'est pas à présumer que cette lacune soit préjudiciable à l'histoire littéraire de l'Ariège. Quel service rendraient à l'éloquence sacrée quelques manuscrits romans ou latins du quatorzième ou du quinzième siècle, empruntés à la région sous-pyrénéenne? Nul besoin d'entrer dans la controverse engagée par les lettrés, cherchant dans quelle langue parlaient les prédicateurs de ce temps2; car il semble difficile de ne pas admettre qu'en pays de Foix, comme ailleurs, la langue usitée dans la chaire variait selon la classe des auditeurs, la langue vulgaire ou la langue romane avec la masse et les frères lais, le latin avec les clercs, les moines, les religieuses (qui apprenaient le latin)3, les étudiants. Le père Edmond harangua les écoliers de Pamiers en latin. Au pied des Pyrénées, comme dans le reste de l'Europe, la société se trouvait partagée en deux classes par rapport à