‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 230 sur 498 · LA RÉGALE ET LOGIS XIV · texte numérisé non relu

LA RÉGALE ET LOGIS XIV

que l'ardeur du combat saisit lorsqu'elles voient la force se jouer de la faiblesse, en s'enveloppant des draperies d'une légalité créée pour les besoins de la cause. Etienne- François de Caulet, évêque de Pamiers, n'y tint plus. Il fallait protester contre lYipreté d'exigence renfermée dans les plis de la revendication royale. Ceux au moins des évêques qui étaient atteints, auraient dû exposer respectueusement les droits acquis que l'on foulait aux pieds; mais le cœur manqua à beaucoup d'entre eux, ou bien ils ne pensèrent point qu'il y eût d'autre attitude à prendre qu'à s'incliner devant la hautaine volonté de Louis XIV. Toutefois, deux hommes ne purent se résigner au silence : l'évêque d'Àlet, Mgr Pavillon, et l'évêque de Pamiers, Mgr François de Caulet. Disons, sans discuter la valeur intrinsèque de leur cause, que ce furent deux grands athlètes. Disons également que la lutte qui s'engagea alors fut une lutte déplorable, souverainement préjudiciable à tous, affreusement triste pour l'Ariège, scandaleuse pour la France entière, et, en définitive, très dommageable pour l'ordre et pour l'autorité ecclésiastique '.

1. Dans le diocèse d'Alet, on vit arriver l'abbé de Foix, qui ouvrit la série de ces scènes où l'évêque se trouvait obligé de défaire ce que l'on faisait au nom de la régale. L'abbé de P'oix, dp. la maison de Foix, né en Couserans, au château de Fabas, près Sainte-Croix, fut pourvu en régale, du doyenné de la cathédrale d'Alet, quoique possédé depuis plusieurs années par le sieur Pommier, que des infirmités retenaient à Toulouse. L'abbé de Foix arriva à Alet le 15 octobre 1676, muni d'un arrêt du conseil, et d'un ordre du roi pour prendre possession du doyenné. — On lui signifia aussitôt une ordonnance de l'évêque, pour prévenir ses entreprises. L'abbé de Foix alla rendre visite à l'évêque, qui le supplia d'observer qu'il ne pouvait faire une démarche sans violer les saintes lois. — L'abbé de Foix répondit qu'il ne pouvait se dispenser d'exécuter les ordres du roi, qu'il n'avait point demandé ce bénéfice...

L'évêque se plaignit alors des troubles qu'on excitait dans son diocèse ; qu'on avait sans doute trompé la religion du roi ; il ajouta qu'il connaissait les vrais auteurs de ces troubles, et que pour lui, s'il exécutait son dessein, il le déclarerait excommunié.

L'abbé de Foix, dit un historien de 1738, comprit parfaitement que par

^26 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite ei fin), CHAP. V.

Le rôle de François de Caulet doit d'autant plus être relevé par l'histoire que, en définitive, par suite des complications qui furent enjeu, l'éveque de Pamiers, malgré ses adhérents, représentait le parti faible, le côté des petits, ceux qui ne peuvent opposer à la force matérielle que des armes spirituelles de moins en moins redoutables dans les temps modernes.

On avait voulu remettre la question à l'assemblée générale du clergé de 1675 ; Mgr de Harlay empêcha l'affaire de paraître. Mgr de Caulet se résolut alors à résister à Louis XIV et à subir les conséquences de son opposition. Quel avenir pouvait prévoir l'éveque des montagnes? S'encourageat-il, comme son collègue d'Alet, dans ses résolutions de fermeté en lisant la vie de saint Thomas de Cantorbéry? Il est certain qu'il y eut en lui beaucoup de l'indomptable ténacité de l'apôtre anglais, et qu'il dut s'attendre à ces rigueurs excessives, auxquelles expose la résistance aux pouvoirs irrités. Et remarquons qu'après avoir été pluies vrais auteurs des troubles de la régale le saint évêque entendait parler des jésuites, où cet abbé avait deux frères, qui avaient obtenu pour lui le brevet du doyenné d'Alet, par le crédit du père La Chaise.

L'abbé de Foix fut obligé de chercher à Limoux un notaire et un sergent pour dresser et signifier ses actes. Le chapitre d'Alet, embarrassé, se tint neutre. L'abbé de Foix Jean-Gaston fut mis en possession par le notaire.

L'éveque le déclara excommunié. — Dès lors cette affaire fit grand bruit à la cour et partout. « Son frère, le jésuite, dit un historien, la prit avec hauteur et en homme de qualité. — « 11 ne convenait pas, disait cet humble religieux, à un homme de la naissance de mon frère, de reculer après avoir avancé, ni d'avoir le démenti de l'éveque d'Alet. On le regarderait à la cour comme un homme sans honneur, s'il ne poursuivait vivement cette affaire. Elle est entre les mains du roi. C'est à Sa Majesté à. réprimer l'audace de cet évêque, et si elle ne le fait pas, l'abbé de Foix le saura bien faire. » (Histoire de Mgr Pavillon, t. 111, p. 112.)

Comme notre historien, nous supprimerons toute réflexion sur cet étonnant discours et ce noble courroux du Père de Foix. L'abbé ne prit pas tout à fait son affaire en grand gentilhomme comme le jésuite, son frère. Il se fit instruire des moyens canoniques de la terminer. Après avoir traîné, les choses s'arrangèrent, le titulaire se démit en faveur de l'abbé de Foix.

Page 1