‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 231 sur 498 · VIOLENCES DANS LE DIOCESE · texte numérisé non relu

VIOLENCES DANS LE DIOCESE

sieurs pour la protestation, François de Caulet se trouva seul par la mort de Mgr Pavillon, seul à supporter le poids d'une lutte inégale et d'une guerre qui lui fut faite sans merci.

La cour nomma aux bénéfices dont jusque-là avaient disposé les évêques, tandis que les prélats frappaient de censures ecclésiastiques et d'excommunication les nouveaux élus qui se faisaient mettre en possession des bénéfices par le bras séculier. Ceux-ci en appelèrent aux métropolitains des deux évêques de Pamiers' et d'Alet, les archevêques de Toulouse et de Narbonne, qui, prenant fait et cause pour la cour, cassèrent les sentences de leurs suffragants. On alla aux dernières extrémités. On fit saisir le temporel de Mgr de Caulet, mais sans pouvoir l'ébranler; on espérait le réduire , en le frappant avec sévérité à un endroit sensible ; l'arrêt fut exécuté avec rigueur ; on s'empara de ses revenus , de sorte qu'il dut vivre d'au-

mônes1,

X. — Malheureusement, le pays fut tout en feu. Le pape Innocent XI adressa trois brefs successifs au roi, pour l'engager à rendre aux églises de Pamiers et d'Alet leurs immunités ; il repoussa le principe théorique qui faisait de la régale un droit inhérent à la couronne. En même temps, Innocent XI désignait assez clairement l'archevêque de Harlay et le confesseur du roi, le P. La Chaise, comme les dangereux conseillers qui avaient mêlé le roi à cette regrettable affaire. Ainsi le conflit se compliqua et devint de jour en jour plus inextricable. D'un côté, se trouvaient Louis XIV, le parlement, les archevêques de Paris et de

1. Certes, on lui vint en aide, par exemple Lo Pelletier Destouches, retiré à l'abbaye de Saint-Cyran ; mais on regardait d'un mauvais œil ceux qui lui tendaient la main.

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Toulouse et les jésuites; de l'autre coté le pape, l'évêque de Pamiers et le chapitre de la cathédrale étroitement uni à son évoque.

François de Caulet résista jusqu'au bout, sauf à y succomber. Les régalistes furent exclus de l'église de Pamiers ; ceux qui résistèrent furent publiquement excommuniés. L'archevêque de Toulouse, à son tour, cassa les sentences de l'évoque et du chapitre. Le pape cassa l'arrêt de l'archevêque. — Conçoit-on une situation plus bouleversée et plus déplorable ?

Bien plus : au lieu d'une seule question il s'en présenta deux à la fois, celle du droit de régale et celle du jansénisme, ou des sympathies pour Port-Royal. Mgr de Caulet avait-il eu, dans le Midi, des relations avec le célèbre abbé de Saint-Cyran (Duvergier de Hauranne), né à Bayonne d'une famille noble? Mgr de Caulet, pieux, mystique, pressé par la sainte ambition de réformer le clergé en présence des protestants de l'Ariège, avait-il été innocemment séduit, en dehors des controverses de la Sorbonne, indépendamment des débats des formulaires et de la rage des clameurs et des intrigues? Aurait-il été fasciné par je ne sais quelle poésie de sévérité extérieure qui distingua tout ce grand épisode gallican de Port-Royal des Champs? Il faut l'admettre. La littérature, la morale, la théologie n'avaient pas été tout. Il y avait le cloître, le sanctuaire, la cellule et le guichet des aumônes, l'austérité chrétienne des mœurs, le clergé transfiguré, le cabinet d'études pauvre et silencieux, le désert et la Grotte des conférences, près de la Source de la mère Angélique, non loin des arbres plantés de la main de d'Andilly, toutes choses révérées , qui s'ajoutaient à l'élévation de l'idéal que Port-Royal poursuivait. C'est pourquoi il est de la justice historique de rappeler comment François de Caulet

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