INTREPIDITE DE CARACTERE
vit s'accumuler les difficultés dans sa polémique avec Louis XIV.
Au fond, les historiens le reconnaissent, ce qui donna cette importance et cette extension au conflit de Pamiers, ce fut la question du jansénisme1. Les prélats jansénistes — Mgr de Caulet était du nombre avec l'évêque d'Alet — avaient eu, par la paix de 1669, toute liberté de nommer aux principales places de leurs diocèses des sujets qui partageaient leurs sentiments; il en était résulté que le parti janséniste s'était considérablement fortifié et consolidé. Sans doute, l'extension de la régale, en mettant la nomination d'un grand nombre de places ecclésiastiques dans les mains du P. La Chaise , devait , en quelque sorte , remédier à ces inconvénients2. Il n'en est pas moins vrai que la plaidoirie sur le chapitre du droit de régale était plus que compromise, Mgr de Caulet faisant partie de ce groupe de néo-chrétiens ardents, promoteurs de la longue guerre théologique, dont les échos n'étaient pas encore éteints au milieu du dix-huitième siècle.
François de Caulet fut battu; mais quels adversaires n'eut-il pas contre lui? Derrière l'archevêque de Toulouse, derrière le P. La Chaise, il y avait Colbert, Le Tellier, d'Aguesseau et tant d'autres avec Louis X1Y. D'ailleurs, dans le fond des grandes querelles entre les pouvoirs civils et les pouvoirs ecclésiastiques, ne se mêle-t-il pas toujours de regrettables malentendus? Où était le débat entre Mgr de Caulet et Louis XIY? S'agissait-il d'assurer la véritable liberté de l'Église de France? Youlait-on, au
1. C'est ce que reconnaissent les historiens de ces débats, auxquels nous empruntons nos détails, comme Dollinger.
2. Une lettre que le P. Rapin, jésuite, écrivit, en 1683, au cardinal Cibo, parait prouver que c'était là le motif de ce qui se faisait. {Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, traduit de l'allemand, t. XX, p. 64.)
330 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et /in), CHAP. V.
contraire, resserrer sa dépendance, d'autres disent sa servitude? Le droit régalien augmentait-il ou diminuait-il la liberté de l'Église? Mgr de Caulet était d'avis que c'était une chaîne nouvelle. L'assemblée du clergé de 1682, avec sa déclaration des libertés de l'Église gallicane, fut d'un avis contraire. Nous laissons ce problème à la décision de ceux qui ont le goût de le méditer. Il fallut bien, après cette célèbre déclaration de 1682, laisser tomber à jamais cette discussion de la régale, et ratifier la victoire du pouvoir temporel. Toutefois le célèbre Pasquier avouait que l'objet en discussion forme « un des points de notre histoire qui lui ont toujours paru les plus obscurs, et que tous les auteurs qui en ont écrit n'offrent rien de certain ni de satisfaisant sur l'origine et l'étendue de la régale !. »
En résumé, une petite tête, une âme pusillanime ou inconsistante qui eût mis sa confiance dans des appuis purement humains, se fût bientôt déconcertée dans cette conflagration où se donnèrent carrière les plus ardents antagonismes. Or, l'homme ne tient bon dans ces épisodes critiques de l'existence qu'à la double condition, d'avoir pour mobile et pour objectif quelques-unes de ces hautes idées, qui dominent les convictions et les élèvent dans une sphère supérieure et, d'autre part, d'être doué d'une de ces énergies de volonté qui rendent capables de la formule d'Horace, Si fractus illabatur orbis, impavidum ferient ruinœ. Tel fut Mgr de Caulet 2. Bossuet ne se dissimula point que le peuple du Midi « regardait son évêque comme un saint. » D'un autre côté, Mgr de Caulet joignit à la sainteté l'élévation de l'intelligence et l'autorité d'une raison pleine de poids. L'abbé de Rancé, célèbre par ses
1. Le cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, 1. VI, p. 109.