‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 233 sur 498 · CARLAT DE LA QUEILHE · texte numérisé non relu

CARLAT DE LA QUEILHE

talents, est indiqué comme ayant eu recours à ses conseils. C'est d'après l'avis de l'évêque de Pamiers que M. de Rancé se démit de ses bénéfices, et ne conserva que l'abbaye de la Trappe.

XI. — Un groupe de polémistes autour de Mgr de Caulet. — Le théologien Charlas. — Le P. Cariât de la Queilhe. — Le P. Jean Cerles. — Le P. d'Aubarède.

Ces hommes méritent une mention dans l'histoire, pour la part qu'ils prirent dans cette mémorable contestation de 1673 à 1682, c'est-à-dire pour s'être serrés autour de leur évoque, et montrés fermes devant la force, devant l'intimidation dont les puissants du jour firent un usage trop indiscret.

Rien ne fut plus odieux et d'un plus pernicieux exemple que les procédés auxquels on eut recours, et surtout la brutalité avec laquelle les prêtres furent arrêtés et emprisonnés après avoir été chassés des bénéfices dont, depuis des années, ils avaient l'incontestable possession. Parmi les victimes de leur fermeté, il faut nommer Cariât de la Queilhe \ chanoine de Pamiers, qui exerça, pendant plus de quinze ans, les fonctions d'official de Pamiers et seconda souvent son évêque, président-né des États de Foix, dans ses luttes contre les injustices et les violences des gouverneurs. C'était un caractère que Cariât de la Queilhe . Un docte historien moderne lui a consacré quelques lignes.

« Secondant son évêque, François de Caulet, pendant les quinze années qu'il passa auprès de lui, dans ses luîtes contre les violences de la persécution, il s'attira la foudre en publiant, au nom du chapitre, le 20 juin 1677, une pro-

1. Né en 1606, à l'Isle- Jourdain (Gers); il avait suivi les cours de théologie de l'université de Toulouse.

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testation qui mettait les devoirs de conscience au-dessus de l'autorité des hommes. Une lettre de cachet le bannit à Jargeau (Orléanais) ; la paralysie qui lui tenait la moitié du corps, jointe à la pauvreté du chapitre qui ne pouvait fournir à sa subsistance, ayant empêché son départ, le marquis de Mirepoix, gouverneur du pays, le fit conduire par ses soldats sur la triste plage de Peccais, près de Béziers, où l'air malsain des marais précipita sa mort • . »

Le P. d 'Aubarède n'eut pas un meilleur sort. Après la mort de Mgr de Caulet, c'est lui qui, officiellement, eut à subir le choc des régalistes venant à Pamiers s'emparer, de vive force, des postes et des situations qu'il fallait réserver aux légitimes possesseurs. Le P. d' Aubarède reçut donc le premier assaut tenté par le schisme naissant. La façon dramatique dont il maintint les ordonnances rendues par Mgr de Caulet, a été racontée avec verve dans les Annales de Pamiers2. Il s'agit de la scène du dimanche 18 août 1680, dans l'église du Camp où, les orthodoxes luttant contre les régalistes qu'appuyait la force armée, le P. d'Aubarède, resté en chaire, tenait tête aux régalistes révoltés et excommuniés, leur défendant de célébrer l'office. On eût dit cette scène de saint Jean Chrysostome, que le peintre Wencker a représenté montrant du doigt, du haut de la chaire, l'impératrice pour la désigner à l'opinion indignée. On eût dit aussi l'archevêque d'Albi restant calme devant la populace, après avoir déployé un zèle peut-être vif contre les hérétiques. Aucun mauvais traitement ne manqua au P. d'Aubarède. Il fut arrêté, exilé et conduit à Jargeau ; il fut

1. 28 septembre 1680. — Relation de la vie des principaux cha?ioines de Pamiers qui ont eu part à la persécution au sujet de la régale. — Hi&t. du Languedoc, supplément du M. Roschach, t. XIII, p. 518.

2. Recueil de pièces concernant la régale. — Mémoires de Foucault, p. 53 et suiv. — De Lahondès, Annales de Pamiers, t. II, p. 241 et suiv.

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ensuite envoyé à la Bastille, au château de Caen, puis au Plessis '.

L'Ariège était en plein schisme, d'un côté les partisans de la régale, de l'autre Mgr de Caulet et les vicaires généraux, ses successeurs, ainsi que les curés repoussant les régalistes.

Les choses prirent même un plus grand caractère d'acuité après la mort de Mgr de Caulet, qui arriva en 1680. On alla si loin que le P. Certes 2, chanoine de Pamiers, nommé vicaire général par le chapitre (l'archevêque de Toulouse en opposait un autre, nommé par lui), fut condamné à mort et exécuté en effigie. C'était encore un rude polémiste que le P. Jean Certes, soumis à tous les coups de la persécution, que Mgr de Caulet subissait pour sa vigueur à défendre les droits de l'Eglise. Le P. Cerles avait été l'un des plus fervents collaborateurs de l'évêqae ; en son absence, il avait présidé la conférence des curés du diocèse, avec une grande réputation de doctrine. Les troubles et les orages redoublèrent, lorsqu'il fut nommé vicaire général de Pamiers, le siège vacant, le 31 août 1680, et peu de jours après, officiai. Écoutons un historien du Languedoc : « L'attitude qu'avait prise Cerles dans la régale avait surexcité contre lui les haines furieuses qui poursuivaient le chapitre de Pamiers. A l'instigation des jésuites, l'archevêque de Toulouse cassa la nomination ; et comme tous les autres membres du chapitre étaient en prison ou en exil, le P. Cerles se trouva seul en état de protester contre la mesure violente du prélat, qui avait sacrifié à la passion Je respect des règles canoniques.

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