Mort en 1G
2. Né en 1634, à Aubin (Auvergne), Cerles fit ses études à l'université de Toulouse, fut quelque temps, à Tarascon, vicaire du prieur de Caulet, frère de l'évêque, et fit son noviciat à l'abbaye de Chancelade, avant de prendre possession de son canonicat de Pamiers.
334 L'ARIÈGE, IV0 PARTIE [suite et fin), CHAP. V.
« Il en appela au Saint-Siège par un acte du 27 septembre 1680, et appuya sa démarche par des ordonnances très érudites, qui firent alors beaucoup de bruit.
a L'archevêque de Toulouse, exaspéré de la résistance, recourut au bras séculier. Il entra au parlement, où sa dignité lui donnait un siège, et déclara que les intentions du roi étaient que l'on condamnât le P.Cerles au dernier supplice.
« Le Parlement, redoutant derrière l'archevêque la puissance mystérieuse dont il était le docile instrument, rendit le 16 août 1681, sur le seul vu des ordonnances et lettres pastorales, un arrêt condamnant le P. Cerles à avoir la tête tranchée sur une des places de Toulouse.
« Le P. Cerle s'étant dérobé par la fuite, fut exécuté en effigie à Toulouse et à Pamiers le 21 avril. Dans cette dernière ville, la sentence avait paru si atroce que le bourreau se cacha pour n'avoir pas à l'exécuter.
« Le condamné se réfugia dans les montagnes, traqué, sans demeure fixe. Au milieu de ses vicissitudes, exalté par la persécution, il ne cessait d'adresser aux diocésains de Pamiers des lettres pastorales, où ils croyaient retrouver le souffle de leur évêque *. »
C'est une page bien curieuse de l'histoire des Pyrénées ariégeoises ; un historien du Nord ne peut contenir son indignation en voyant Cerles, vicaire général capitulaire de Pamiers pendant la vacance du siège, n'agissant que d'après les instructions d'Innocent XI, destitué cependant par l'archevêque de Toulouse, de nouveau confirmé par le pape. L'historien bondit surtout, lorsque le parlement de Toulouse condamne, par ordre du roif Jean Cerles à la mort, le fait exécuter en effigie à Toulouse et traîner sur la claie.
1. Relation de In vie des principaux chanoines de Pamiers, qui ont eu part à la persécution suscitée contre Mgr de Pamiers au sujet de lu régale. — ïlist. du Languedoc, «Mit. Privât, t. XIII, p. 517, 518.
LE P. JEAN CERLES. 335
« On ne voyait, disent les procès-verbaux du clergé de France, d'un coté qu'excommunications lancées pour soutenir la définition d'un concile général , et de l'autre, que proscriptions, exils, emprisonnements et condamnations même à la mort, pour soutenir, à ce que l'on prétendait, les droits de la couronne. La plus grande confusion régnait surtout dans le diocèse de Pamiers1. Tout le chapitre était dispersé, plus de quatre-vingts curés emprisonnés, exilés ou obligés de se cacher. On voyait grand vicaire contre grand vicaire, le siège vacant. Le P. Cerles grand vicaire nommé parle chapitre, fut condamné à mort par contumace par le parlement de Toulouse, et exécuté en effigie 2. — Bonaparte même n'est pas allé si loin de nos jours 3.
XII. — Antoine Charlas. — Mais nous ne voulons pas oublier un polémiste savant et pacifique qui seconda Mgr de Caulet dans la plupart de ses œuvres, Antoine Charlas, ecclésiastique d'un grand mérite, né vers 1620 dans les montagnes du Couserans. Nous avons dit qu'on reprenait donc, au dix-septième siècle, la vieille question des rapports de la papauté avec les puissances temporelles. D'autre part, sous le mouvement qui enfanta la secte de Port- Royal, s'abritèrent les louables desseins de beaucoup d'hommes sincères et bouillants qui eussent voulu voir disparaître du sein de la chrétienté et du milieu du clergé certains relâchements ou indolences. On put se tromper,
1. C'est pour cela qu'un historien a écrit : « Notre province était travaillée par deux fléaux également redoutables aux bonnes mœurs : l'intolérance et le schisme. D'un côté la persécution s'exerçait contre les réformés du pays de Foix, et les catholiques eux-mêmes subissaient l'empire de cette volonté absolue qui dicta la révocation de l'édit de Nantes. »