CARACTERE D'ANTOINE CHARLAS
À chacun sa part et son droit. Si, dans ce grand mouvement d'agitation intellectuelle, qui met en scène les caractères et les énergies des races pyrénéennes, on reconnaît que Mgr de Cauletfut le bras exécutif, c'est notre Couserannais Antoine Chartes qui était l'âme de la résistance1. On vit, sous le ciel d'Ariège, de ces intrépidités civiques et ecclésiastiques qui rappellent les beaux temps des Flandres; mais en définitive, les solides et consistantes poussées populaires, dans le sens des nobles indépendances, supposent un phare, un flambeau, un esprit qui illumine les autres, indique la route à prendre, le but à poursuivre et le motif pour y tendre. Antoine Charlas fut, pendant plus de vingt ans, l'inspirateur universel, l'homme de l'idée, le maître scientifique et infatigable dans ces débats orageux de la fin du dix-septième siècle. Si l'on prend les écrits de ce valeureux polémiste, on rencontre aussitôt, à côté d'une parole nerveuse, pure et précise, une logique forte et une nette intuition du terrain où il fallait se placer. Aussi Charlas , pour qu'on n'égarât pas la controverse, ne cessait-il de signaler le caractère abusif de quelques particularités introduites par les jurisconsultes et les magistrats sous prétexte de conserver les libertés de leur Église.
XIII. — Il ne faudrait point qu'à propos de solidarité entre l'évêque et son vicaire général, on s'obstinât à ce mot de jansénisme qui diminuerait la sainteté et la pureté vaillante de nos héros. Il serait puéril de montrer de petits côtés près des grands côtés, et d'insinuer que ces lutteurs, quoique de bonne foi, inclinèrent vers les jansénistes de leur époque. Dieu vit quelle sincérité ces âmes
1. Les hommes du pouvoir, les Chàteauneuf, le juge-mage Foucault, faisaient chercher et traquer notre Charlas. On promettait cent pistolesà celui qui prendrait Charlas.
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renfermaient; et s'ils n'échappèrent pas à toute incohérence, ces deux polémistes de Pamiers étaient deux caractères qui honorent l'Ariège. On dit qu'ils donnèrent le paradoxal exemple d'ecclésiastiques qui se sacrifient pour les droits du Saint-Siège, et se liguent en même temps avec ses plus cruels ennemis. Mais ce reproche de contradiction a le tort de voir une opposition qui n'existe pas. Il est incontestable que l'évèque et son théologien combattirent avec le Saint-Siège et pour le Saint-Siège. S'ils eurent des faiblesses pour les opinions jansénistes, ce ne fut point pour lutter contre le pontife romain; ils furent séduits par des apparences de piété plus scrupuleuse et plus correcte. Charlas ne s'était-il point retiré à Rome, dans les dernières années de sa vie? N'est-ce pas là qu'il voulut mourir, près du chef de l'église1? Et qui ne serait édifié, attendri par la vie et par la mort de Mgr de Caulet, par ce zèle, cette vigilance pastorale, qui le faisait comparer aux saints évoques de l'antiquité 2 ?
On ne peut qu'adhérer à une juste réclamation parue en 1873 dans la Revue de Gascogne. Un érudit, rempli de patriotisme, s'étonnait de ne pas voir d'étude historique et critique sur le théologien Charlas, du Couserans, qui « avait eu le courage et l'honneur d'être avec Féoelon, à propos de la déclaration de 1682, le savant et solide défenseur des prérogatives de la papauté. Bossuet, l'adversaire de Charlas dans cette affaire, n'avait pu lui refuser le tribut de son admiration » . Le même érudit rappelait les qualités du théologien ariégeois, ce dialecticien serré et écrivain pur3». Pour nous, nous nous bornons à reproduire les grandes lignes