‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 238 sur 498 · LE P. DENIS ET L'ABBÉ PEYRAT · texte numérisé non relu

LE P. DENIS ET L'ABBÉ PEYRAT

Loubet ', l'abbé Larue 2, Mgr Chrestia, missionnaire apostolique pourvu à Rome de titres honorifiques 3, etc.

Nous sortons ici de cette espèce d'éloquence ecclésiastique, nécessairement mêlée de polémique, que les nécessités des temps contraignent de descendre sur un terrain mixte où s'entre-choquent des intérêts d'ordre religieux avec des intérêts purement temporels ; nous rentrons sur le territoire naturel de l'éloquence sacrée, dont l'objet est de reporter les âmes vers Dieu et vers l'éternité.

De suite on est frappé des inconvénients attachés au caractère fugitif de la parole humaine. Lorsque les contemporains n'ont pas recueilli et fixé, par l'écriture, les discours des orateurs qui ont pu charmer ou émouvoir les auditeurs, ne se trouve-t-on pas dans l'impossibilité de classer hiérarchiquement les talents, et d'immortaliser les

lecteur peut entrevoir quelles ressources intellectuelles tient en réserve cet Ariégeois à lame d'apôtre. Avec quels développements ingénieux et solides n'a-t-il pas établi la loi de la vie par la mort dans l'ordre intellectuel et moral, et dans l'ordre de la grâce !

1. L'Ariège peut apprécier elle-même, dans MM. Loubet et de Séré, cette parole arrivée à sa pleine maturité, vibrante et persuasive, tout imprégnée de l'Evangile, portant l'amour de Dieu dans les âmes, et faisant participer les auditeurs à cette sagesse qui est un composé des principes chrétiens et de l'expérience réfléchie des choses humaines.

2. On rencontre, dans cet orateur jeune encore, quelque chose de plus que l'art et le mécanisme de l'éloquence ; nous voulons dire ces accents de l'âme qui ouvrent les autres âmes.

3. Mgr Chrestia, prélat de la maison de Sa Sainteté Léon XIIT, est connu par des prédications déjà nombreuses, malgré ses jeunes années. Il s'est fait entendre â Paris, au Mont-Saint-Michel, à Marseille, en d'autres villes, ainsi que dans l'Ariège. Les journaux de Pamiers reproduisirent, en avril 1884, une conférence faite par Mgr Chrestia, â Marseille, sur les principes de l'Evangile mis en regard du socialisme. On peut deviner, par cette harangue qui fut applaudie, à quelles destinées oratoires semble voué ce membre du clergé ariégeois, dont la parole, déjà châtiée, brillante et sobre, conquiert de jour en jour de l'autorité.

Mais nous ne pouvons ici insister sur les prédicateurs vivants. Aussi nous nous taisons sur tant d'ecclésiastiques modestes de l'Ariège, plus éloquents qu'ils ne pensent, mais dont la parole utile n'aime ni le bruit, ni les retours d'amour-propre.

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morceaux oratoires qui furent admirés au moment où on les prononça ? De ces onze ou douze prédicateurs désignés par nous, qui occupèrent la chaire avec distinction dans les principales villes de France, pendant les derniers cent cinquante ans, que nous reste-t-il aujourd'hui? — A peine pouvons-nous parler de deux orateurs qui , après leur mort, laissèrent quelque trace de leurs œuvres et de leur parole, le P. Ambroise Denis et l'abbé Peyrat.

XY. — Le P. Denis l s'est fait connaître dans le Nord, tandis que l'abbé Peyrat 2 ne quitta jamais le Midi ni les Pvrénées. Et, si l'on veut consacrer un souvenir à ces deux noms, c'est parce qu'il y eut, dans ces deux enfants do l'Ariège, des talents et une valeur qui sortaient du niveau ordinaire. Déjà nous avons consacré une étude au P. Denis, dans un autre ouvrage 3 qui paraîtra incessamment. Nous pourrons bientôt y renvoyer le lecteur. On y verra que le P. Denis était un prédicateur de haute race, que, lorsque le P. Lacordaire dut définitivement quitter la chaire de Notre-Dame, il fut sérieusement question de lui donner pour successeur le P. Denis, ancien professeur du séminaire de Pamiers. Nous avons expliqué ailleurs comment , pour des causes extrinsèques , le P. Félix , plus

1. Le P. Denis fut successivement professeur de philosophie et de rhétorique à Pamiers, de 1834 à 1841. Entré chez les jésuites en 1812, il fit son noviciat à Saint-Acheul. Lorsqu'il mourut, il était supérieur d'une maison de Rouen.

2. L'abbé Peyrat fut curé d'Oust avant d'être curé de Foix. Nous croyons savoir qu'il avait un lien de parenté éloigné avec M. Alphonse Peyrat, sénateur, né à Toulouse. Leurs idées sont diamétralement opposées; M. Alphonse Peyrat, qui fut élève du séminaire de Toulouse, a publié, en 1861, une Histoire élémentaire et critique de Jésus, rien moins qu'orthodoxe; il fonda, en 1865, à Paris, l' Avenir national, iourm\\ de la démocratie radicale. Ainsi point d'affinité intellectuelle entre le moraliste ariégeois et le publiciste originaire de Toulouse.

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