‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 241 sur 498 · L'ARCHIPRETRE DE FOIX, PEYRAT · texte numérisé non relu

L'ARCHIPRETRE DE FOIX, PEYRAT

quence. Quelle parole ! quelle fermeté ! quelle sûreté ! quelle pureté de langage ! En écoutant ses sermons et ses prônes, de vrais chefs-d'œuvre dans leur genre, on sentait, on voyait bien vite que si la nature avait libéralement traité l'orateur, tous ces dons de la nature avaient été singulièrement perfectionnés et fortifiés par les fortes études. L'abbé Peyrat avait dû se nourrir toute sa vie, et s'imprégner de la lecture des maîtres anciens et des maîtres modernes, car il parlait et écrivait, comme on ne parle plus, comme on n'écrit plus aujourd'hui. Et dans les affaires du monde, quel coup d'oeil aussi sûr que rapide ! quel jugement aussi droit que ferme! Au sein des nombreuses commissions dont il avait bien voulu accepter la présidence, sa supériorité se révélait comme partout, et là, comme partout encore, elle s'imposait à tout le monde, mais naturellement et sans porter la moindre atteinte à sa modestie, qui était grande et qui relevait grandement le prix de toutes ses autres qualités. »

Nous avons entendu M. Peyrat disserter sur les systèmes qui nous ont conduits à la morale évolutionniste, à ces conceptions subtiles, imaginées de nos jours pour concilier l'égoïsme et ce qu'on appelle Y altruisme. Avec quelle force de logique il faisait sentir ce qu'il y a de chimérique dans cette espérance que nos théoriciens modernes énoncent, de voir le sacrifice faire partie un jour des instincts égoïstes bornés à la vie présente !

Et quel charme quand M. Peyrat discutait les questions délicates de psychologie et de morale, la liberté, la solidarité, la responsabilité, ce qui fait la liberté entière et la liberté restreinte ! Sur ces points, il se rencontrait avec les philosophes modérés de la nuance de MM. Marion et Paul Janet. Pour que l'homme exerçât sur lui-même une convenable surveillance, il ne fallait pas, selon lui, qu'il

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s'imaginât qu'il lui sera toujours facile ou possible de rompre tous les liens par un effort de sa volonté, et de prendre plus tard une résolution qui lui coûte trop aujourd'hui. Trop douter de la liberté nous rend lâches ; mais trop présumer de nos forces nous rend dupes, au sens chrétien, en détruisant en nous la vigilance.

M. Peyrat pouvait aussi parler en maître, sans déclamation, sur le point fondamental des doctrines économiques contre lequel s'agite le socialisme. Comme il justifiait les expressions des orateurs chrétiens sur le capitaliste et le propriétaire, qualifiés « intendants et économes des pauvres » ! Comme il faisait observer l'endroit faible des tirades deProudhonsur la propriété, dans lesquelles il enfonçait sa critique comme un coin ! — Oui, le deuil des feuilles ariégeoises était légitime, quand on vit s'éteindre cette grande intelligence et cette belle âme1.

Il est regrettable qu'il ne reste que peu de fragments de tant d'écrits, discours, rapports, mémoires, etc., que l'abbé Peyrat fut amené à composer pour les circonstances les plus diverses, et pour des auditoires souvent fort différents les uns des autres. Des pages tracées par sa plume habile furent destinées les unes au barreau, qui les lui demandait en des affaires obscures et compliquées, les autres au conseil général du département. C'est ainsi que cet esprit multiple, fécond, facile, témoignait, avec son talent de parole, d'autres aptitudes que celle de la chaire ; il pouvait être utile en traitant des questions d'affaires et en discutant

1. Un poète ariégeois avait écrit, quelques années avant sa mort :

Et vous, dont le saint ministère l'ait tant de bien sur cotte terre, Quel sera votre trône au Ciel?

N'y prendrez-vous pas votre place Près de Massilloa et d'Ignace, Ou jires de Samuel ?

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