CAPACITÉS ADMINISTRATIVES
les hauts intérêts du département. Du reste, c'est au sein de l'Ariège que l'opinion publique a déclaré tout ce qu'il y avait d'éminent « dans cet esprit d'élite, grand cœur, prêtre modèle ». On l'a dit orateur de l'école deMassillon, comme le P. Denis était de celle de Bourdaloue, genre clair, méthodique, pratique ; d'une littérature charmante et bien épurée... ayant les agréments du style du cardinal Giraud, avec d'autres qualités en plus... esprit complet, traitant tous les sujets avec une rare supériorité.
Un curieux spécimen des capacités administratives de l'abbé Peyrat, fut donné à l'époque où le département de l'Ariège avait à exprimer sa préférence pour la direction de la route nationale qu'il fallait tracer de Saint-Girons en Espagne. Notre conseiller général honoraire, si on peut le désigner de la sorte, avait à émettre un avis, alors qu'il était curé d'Oust, et par conséquent vivant dans la zone territoriale dans laquelle se trouvait nécessairement enveloppé le parcours de la route qu'on étudiait. Il fut piquant de lire le travail de cet ecclésiastique éminent, dont l'opinion était exposée et motivée d'une manière si lumineuse et si convaincante. M. Peyrat soutint la thèse qui faisait passer la route d'Espagne dans la plaine d'Oust. Sa proposition échoua pour des circonstances inutiles à expliquer, mais beaucoup d'habitants de l'Ariège reconnurent ce qu'il y avait de séduisant dans son exposition des raisons, avantages et motifs. Nous avons lu que son rapport, qualifié de chef-d'œuvre, fit une grande sensation au conseil général, et que son travail eut un écho sympathique dans tout le département.
Ainsi , cet esprit se trouvait à l'aise en même temps et sur le terrain des principes et sur le terrain des détails. Citons un nouvel exemple.
Un hasard plaça un jour^ sous nos yeux un mémoire
352 L'ARIÊGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. V.
rédigé par l'abbé Peyr;it; c'était un modèle de lucidité, de raisonnement et de force dans une langue tempérée. Toutefois, bien que ce travail, modèle de modération et de convenance, fût écrit dans les conditions de vigueur, de sagesse et de bon style, comme on en rédigeait aux belles époques du clergé français et au temps des d'Aguesseau, nous n'évoquerons pas ce temps de controverses intimes ou domestiques , qu'il faut laisser s'anéantir dans l'oubli qui l'a déjà atteint, parce qu'il ne ferait que réveiller des cendres éteintes et des malentendus disparus à jamais. L'abbé Peyrat eut un jour à prêter contre son évêque sa plume habile et éloquente '■ Plaignons la douloureuse nécessité qui vint demander et exiger le concours de son souple et viril talent. Lorsque l'heure néfaste des conflits a sonné pour une famille diocésaine, je ne connais pas de plus cruelle épreuve que celle d'un membre du clergé obligé dans ces moments heureusement si rares, si exceptionnels dans l'histoire, d'étouffer la piété filiale et de se montrer éloquent dialecticien en dressant un réquisitoire contre son supérieur! Le pays de Foix et du Couserans eut un jour cette douleur ; les Pyrénées ariégeoises virent leurs églises dans les angoisses les plus affreuses! Mais effaçons ces souvenirs; s'il y eut des erreurs, des souffrances et des animosités, les unes furent expiées par les autres, et ce n'est point par des triomphes d'accusateur public et sous des airs de persécuteur que l'àme bénigne de l'abbé Peyrat doit être recommandée à la postérité. Il est d'autres titres de gloire qui lui reviennent et ne suscitent aucune pénible évocation. Sur le tard de sa vie2 nous avons entendu ses judicieuses
J. A quoi bon expliquer aux lecteurs étrangers à l'Ariège les misères administratives el les griefs qui troublèrent un moment l'harmonie entre l'évêque de Pamiers et plusieurs de ses prêtres, au milieu de ce siècle?
2. Paris eut, vers 1865, un petit échantillon de son éloquence, lorsqu'il vint bénir le mariage, du mademoiselle Amelin avec M. C. de Borda.