‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 253 sur 498 · DÉBUTS DE L'AVOCAT · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE L'AVOCAT

guière, dont il gagna de suite, à ses débuts, la confiance et l'affectueuse estime.

C'est pourquoi on le fit plaider en 1825 dans la fameuse affaire appelée des Transfuges l. Romiguière n'hésita pas à se l'adjoindre ainsi que Gasc, autre jeune avocat de ce temps-là, pour la défense d'Armand Carrel, du colonel Gauchars et de tant d'autres. On se souvient de la fermentation des partis en France pendant la Restauration. « On se jetait dans les conspirations militaires, et la Charbonnerie attirait h elle les âmes impétueuses et amoureuses de bruit etde liberté. ^Lorsque le gouvernement français décida l'intervention en Espagne, les partis, paraît-il, se seraient donné rendez-vous de l'autre côté des Pyrénées. Je laisse exposer les faits par une plume éloquente du Midi : «Armés contre leur pays sur un sol étranger, revêtus de l'habit des grenadiers et des chasseurs de la vieille garde, une poignée d'hommes intrépides essayèrent d'arrêter l'armée française au passage de la Bidassoa. Quelques coups de canon suffirent pour les disperser. Ils se réfugièrent dans la Corogne, mais il y eut des traîtres parmi les Espagnols, et les transfuges se rendirent ou furent pris par l'armée française qui soumettait les Asturies. Les portes de la cour d'assises de Toulouse s'ouvrirent pour les juger.

1. Ceprocès fut improprement appelé des Transfuges ; ceux qui enfurent l'objet n'avaient ni livré le mot d'ordre, ni déserté leur poste pour passer à l'ennemi. C'étaient quelques soldats du premier Empire qui, forcés de s'expatrier pour ne pas provoquer les ombrages du nouveau pouvoir ou exciter ses défiances, avaient passé en Espagne, alors agitée par la guerre civile, pour y mettre leur épée au service de la constitution. Surpris par les rapides succès de l'armée envoyée au secours du roi catholique, au moment même où ils cherchaient à se retirer d'une lutte qui les mettait en face des soldats de la France, ils avaient été saisis les armes à la main et traduits, au nombre de vingt-six, devant les assises de la Haute- Garonne, sous la grave accusation d'avoir fait la guerre à leur pays (Voir l'éloge de M. Romiguière , prononcé par M. l'avocat général Charrin à l'audience de rentrée de la cour de cassation du 3 novembre 1863 — et l'éloge funèbre de Du Gabé à la séance des Jeux floraux du 11 janvier 1877.)

37 i I/ARIÈGE, IVe PARTIE suite et fin), CHAP. VI.

« Pour défendre ces trente-six accusés des préventions redoutables de ce temps, quatorze avocats étaient à la barre. Le réquisitoire avait eu des violences oratoires qui avaient rappelé les ardeurs de M. de Marchangy. Un procès de cette nature, touchant au droit des gens et aux passions des partis, exigeait toutes les ressources et toutes les habiletés d'un grand talent. C'est Romiguière qui organisa le plan de la défense ; il parla le premier et jamais il n'eut plus de flammes ni plus de dramatiques inspirations. Du Gabé parla après lui. Le barreau aimait alors les emphases de la parole et l'éloquence solennelle. Cet avocat de vingt ans se dégagea brusquement de ces formes vieillies et donna à sa plaidoirie un vol plus libre. Il avait déjà la séduction, la raison, et toutes les qualités des natures heureuses. De cette éloquence nouvelle il n'avait appris le secret de personne ; il marquait sa place et prenait fièrement son rang. Les débats durèrent vingt-trois jours. Tous les accusés furent acquittés *. »

Depuis ce temps, la renommée de Ch. -Casimir Du Gabé ne fit que grandir dans tout le Midi. Les causes à défendre lui arrivèrent de \ toutes parts, tantôt parce qu'il était monarchiste et légitimiste, tantôt indépendamment de ses doctrines politiques ; on vint à lui de tous les côtés, au milieu des mille et une affaires que font naître à l'envi la remuante activité des Méridionaux, les époques de crise et de fluctuation politique, et surtout cet éternel besoin de procès qui ne meurt jamais dans l'espèce humaine, ou qui éclate parfois par l'inévitable fatalité des choses. Son talent d'avocat éminent devint populaire.

Après 1830, Du Gabé partit pour la Vendée, «un peu

1. M. Dubedat, conseiller à la cour, Notice nécrologique sur M. Du Gabé, p. 7; Toulouse, 187G.

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