Voyez Dubedat, Notice nécrologique
376 L'ARIEGE} IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. VI.
froidement de ces crimes ; les temps avaient changé, le grand avocat des transfuges était devenu procureur général. Romiguière soutint l'accusation avec une hauteur austère, comme il convenait à un homme parlant au nom de la société outragée. Les avocats étaient divisés en deux camps, ainsi que les accusés, et l'un d'eux s'étant écrié que le palais de justice était devenu une arène où l'avocat devait combattre à sa manière, Du Gabé protesta par un noble langage contre ce cri échappé à une âme courroucée. Quand il eut fini, M. Ressigeac ' lui répondit par une de ces répliques élevées et tranchantes qui ont été un des traits de ce vigoureux esprit. Du Gabé répliqua pour faire appel à la paix et à l'oubli des discordes civiles2. »
11 y avait dans ces débats des passions, des colères, de ces animosités que le tempérament du Midi comporte fort bien ; il fallait que Du Gabé, en grand avocat, portât de la clairvoyance à travers les passions, qu'il parlât la langue de la raison, et qu'il attirât la pitié sur ses clients. Il y réussit, les accusés furent acquittés, mais à quel prix! Quelle habileté et quel talent Du Gabé ne déploya-t-il point! Le procureur général et M. Ressigeac eurent beau le harceler avec une véritable aigreur, l'orateur du Masd'Azil allait avoir un vrai triomphe. Il insista tout d'abord avec force pour constater que, de toute part, Ton comptait des provocateurs et des victimes, et qu'il fallait se rendre compte du présent par le passé, par les événements politiques qui, de proche en proche, avaient tout préparé et amené. Et bientôt il en vint à toucher une de ces cordes qui remuent toujours les auditoires.
Pour moi, messieurs, je m'élèverai seulement contre quelques paroles qui