ORATEUR COMPLET
pour apprécier un prince de la parole : « C'est peut-être en songeant à la manière dont Du Gabé traita un procès avec Delangle, que celui-ci disait souvent qu'il y avait en province des avocats que Paris pouvait envier. Ne sait-on pas d'ailleurs que Berryer, qui ouvrait à Du Gabé le barreau de Paris, en parlait comme de l'un des maîtres de la parole, au palais de justice l ? »
C'est que Du Gabé fut un orateur complet; doué d'une taille herculéenne, sa tête pleine de distinction, son port, son regard, sa fierté, tout se réunissait en lui pour en faire un dominateur dans les luttes de l'éloquence. « Sa voix était la grâce armée ou la raison pleine de feu » ; « elle remuait et ébranlait les âmes». Sa parole était rapide et brillante, frondeuse, hautaine parfois, toujours sûre d'elle-même; elle avait la couleur, le nombre, l'harmonie » . En deux mots, Du Gabé était un grand avocat. Il eut tout à la fois, dans ses plaidoiries, les hardiesses et les habiletés. Il parlait, dit-on, au palais avec ce grand air qu'avaient les avocats d'Athènes sur la place publique, en s'aidant du rythme du corps et du rythme de la voix ; il avait, avec l'art, les hardiesses de cette lignée purement française qu'on rencontre dans les provinces du Midi, en même temps que les habiletés naturelles de ces races qui boivent les eaux des Pyrénées, en leur prenant quelque chose de leur clarté, de leur mouvement et de leur bruit. « Jamais, ajoute un des magistrats de Toulouse dont nous redisons les jugements, jamais esprit n'est resté plus voisin de sa source. Il aura été un des hommes qui ont le plus illustré les barreaux du Midi2. » Un des chefs de parquet3 le saluait, en pleine audience, comme « une des gloires du barreau français ».