‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 272 sur 498 · M. LABORDE AU SENAT · texte numérisé non relu

M. LABORDE AU SENAT

pour l'espace de temps qui va des années 1879 à 1886, la presse parisienne et la presse de province nous ont conservé quelques fragments de discours qui aident à entrevoir la manière de l'avocat. Le 4 mars 1879, nous rencontrons M. Laborde plaidant devant un public éclairé, devant le Sénat lui-même, que présidait M. Martel ; il s'agissait du projet de loi relatif aux voies ferrées à établir sur les voies publiques. Comme l'article 18 de ce projet de loi pouvait contrecarrer dans l'avenir certains intérêts de l'Ariège, MM. Vigarosy,- Delord et Laborde conçurent l'idée de combattre en partie cet article 18, et c'est M. Laborde qui se chargea de porter la parole pour soutenir un amendement délibéré en commun. L'avocat de Foix, transplanté à Paris, n'en gardait pas moins son culte préféré, toujours attiré par la triple satisfaction qu'offre sa profession, celle d'étudier une affaire, celle de la plaider et celle de la gagner.

M. Laborde traita, dans ses premières considérations, de l'insuffisance du chiffre de 100,000 francs comme chiffre maximum que l'État pourrait offrir, pour son concours pécuniaire dans la construction des voies ferrées sur les accotements de route. Il chercha à montrer que cette coopération gouvernementale ne serait pas en proportion avec les besoins qui se feraient connaître. Le sénateur n'était- il pas à cette heure l'avocat, le défenseur prévoyant des Pyrénées centrales dont il connaissait pertinemment les besoins ? N'est-il point dans les traditions françaises d'invoquer l'ingérence de l'État, lorsque les communes et la province ne peuvent suffire, par elles-mêmes, aux grands travaux publics ?

Il fallait aller plus loin, sortir des termes généraux de la question et préciser. D'après le projet de loi, l'État devait exiger — c'était un paragraphe de l'article 18 — que le vr. 2 fi

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département assiste fit un sacrifice égal au chiffre du secours ou du concours pécuniaire qui lui serait accordé. Or, M. Laborde ne se dissimula point qu'ici devait se porter le fort de sa plaidoirie. On n'a pas toujours à prononcer des plaidoiries d'apparat au criminel, ni à délibérer sur des points qui touchent à l'honneur de la France. M. Laborde se contenta de plaider avec conscience une affaire d'intérêt local, pour ainsi dire, et de se résigner à des développements arides et à des chiffres. 11 s'efforça de faire voir que les départements étant inégalement dotés au point de vue des ressources, il devenait inacceptable d'imposer à certains d'entre eux de concourir à des dépenses exceptionnelles, au prorata des secours offerts par l'Etat. Au lieu d'établir un chiffre unique et absolu que tout département devrait s'imposer, il demanda une proportionnalité dont il exposa la portée et justifia les termes. Sans cela, de riches départements n'auraient à s'imposer que d'un ou deux centimes, tandis que des départements pauvres se verraient forcés d'écraser leurs contribuables.

Ce discours, qui ne prétendait pas à la solennité d'une harangue, révélait un logicien et un orateur disant clairement ce qu'il avait à dire. Ce n'est point que M. Laborde eut ramené ses auditeurs à l'objet de sa demande ; toutefois, un de ses collègues, représentant la commission du Sénat, M. Emile Labiche, et M. Testelinv qui répondirent à M. Laborde, s'attachèrent moins à réfuter les arguments de l'avocat de Foix, qu'à maintenir les décisions antérieures de la haute assemblée sur la question des tramways. L'amendement de M. Laborde ne fut pas adopté pour raison d'égalité entre départements ; toute pensée de compensation démocratique fut écartée pour faire prévaloir cette dure maxime que chacun reçoit en raison de ce qu'il paye.

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