‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 273 sur 498 · LE REBOISEMENT DANS L'ARIEGE · texte numérisé non relu

LE REBOISEMENT DANS L'ARIEGE

M. Laborde devait être plus heureux, quinze mois plus tard, dans la question des rapports des populations pastorales de FAriège avec l'administration forestière. C'était dans la séance du 6 juillet 1880, présidée par M. Léon Say.

Il s'agissait d'une question qui tient au cœur de nos populations rurales. M. Laborde sut présenter tous les arguments qui pouvaient frapper le Sénat. Il fît ressortir l'idée tixe de ces populations qui, à tort ou à raison, sont convaincues que l'administration, qui détient actuellement la plus grande partie des territoires boisés, n'est pas seulement un ennemi des habitants des régions forestières, mais encore un spoliateur. Il montra, par les faits, combien cette conviction est entrée dans les esprits, et combien il est difficile d'amener la concorde — si désirable cependant — entre l'administration des forêts que l'on croit spoliatrice et les populations qui se croient spoliées.

Pour que ces raisons d'hostilité, d'irritation que des circonstances malheureuses n'ont fait qu'accroître, diminuent, M. Laborde plaidait la modération. Il importait de créer l'entente mutuelle entre les populations pastorales et l'administration forestière dans les reboisements. Il demandait que les reboisements ne se fissent que dans des conditions sages, raisonnables, et que, dans les endroits du département où la nécessité du reboisement était contestable, où les intérêts des populations seraient sensiblement froissés, on voulut bien procéder avec lenteur et prudence. Si l'administration française ne traitait pas ainsi les populations de l'Ariège, comment pourrait-elle conquérir leur adhésion, leur concours, et faire naître cette sympathie réciproque qu'on reconnaît si nécessaire ?

On entendit dans cette discussion M. Parent, qui défendit les intérêts des Alpes, M. Malens, M. Krantz, M. Bozérian,

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M. Michel, rapporteur de la commission. M. Girerd, soussecrétaire d'Etat, s'efforça de poser la question au point de vue exclusif de l'opinion du gouvernement, tout en rendant hommage aux « remarquables observations » exposées par M. Laborde, et en parlant de l'intérêt si touchant des populations pastorales qu'il représentait. Toutefois, la séance suivante du 8 juillet prouva que notre judicieux avocat de Foix n'avait pas perdu son temps, et que ses efforts de dialectique et d'éloquence n'avaient pas été vains. Cette question du reboisement, qui est capitale dans les pays de montagnes, fut résolue dans un sens favorable ; et l'Ariège doit à M. Laborde l'adoption d'un amendement, aux termes duquel la désignation des quartiers à exproprier par l'administration forestière, ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi1; amendement d'une grande portée, le reboisement n'étant pas des plus urgents dans l'Ariège, où les bois sont surabondants, dit-on, et sans grande valeur. Ce n'est pas un mince détail de procédure indifférente pour l'Ariège, que de savoir si l'on procédera par voie administrative ou par voie législative. Les populations pastorales de nos montagnes ont intérêt à ce qu'il ne suffise pas d'un simple décret porté à la hâte, pour que l'administration des forêts barricade les terrains, et interdise aux populations des montagnes d'y exercer le pâturage. Aussi M. Laborde donnait-il sérieusement à réfléchir à la haute assemblée quand il lui disait : « Ce dont je suis certain, c'est que l'industrie pastorale, l'élève du bétail, constituent la base principale de l'alimentation de ces

1. Les adversaires de M. Laborde demandaient qu'on tranchât ces questions de gazonnement et reboisement non au Parlement, maisau conseil d'État, non par une loi, mais par un simple décret. La discussion partagea les esprits, car il y eut 138 voix pour l'adoption de l'amendement de AL Laborde, et L33 contre.

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